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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e vendredi du mois de 10 h à 12 h (salle AS1_09, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 17 novembre 2017 au 15 juin 2018

Ce séminaire est organisé par des anthropologues américanistes de trois laboratoires : Anath Ariel de Vidas du laboratoire Mondes américains (EHESS-CNRS), Isabelle Daillant du Centre d’enseignement et recherche en ethnologie amérindienne (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC-Université Paris Nanterre-CNRS) et Andrea-Luz Gutierrez Choquevilca du Laboratoire d’anthropologie sociale (EHESS-CNRS-Collège de France).

Il propose une réflexion sur les débats contemporains de l'anthropologie américaniste, en croisant les perspectives de l'ethnographie, de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la linguistique ou de l'ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.

Vendredi 17 novembre 2017 : Alexandre Surralles (CNRS, LAS), « La notion de personne baroque et son revers amérindien »

« Ils rendent un culte au Christ et servent leurs dieux, ils vénèrent le Seigneur et ne le vénèrent pas […]. Ils le vénèrent seulement dans les mots, ils le vénèrent tant que le leur enjoignent le juge ou le prêtre, ils le vénèrent, enfin, sous une fausse apparence de christianisme. Ils ne le vénèrent pas dans leur intérieur, ils ne lui rendent pas de culte véritable et ils n’ont pas la foi de coeur requise pour la justice. À quoi bon continuer ! Leurs descendants continuent aujourd’hui à faire de même que leurs ancêtres ». Ce constat d’échec posé à la fin du XVIe siècle par José d’Acosta dans son De procuranda Indorum salute est en réalité une invitation à changer les manières d’aborder l’évangélisation des Indiens d’Amérique. Il faut passer d’une préoccupation ontologique, plus encline à se laisser convaincre que les Indiens méritent d’être convertis, à une réflexion psychologique : comment pénétrer l’âme indigène pour susciter une véritable adhésion au christianisme ? Comme le remarque l’anthropologue, linguiste et aussi jésuite Xavier Albó, avec l’arrivée de la Compagnie de Jésus en Amérique, le nouvel objectif est la christianisation de l’Indien dans son intériorité. « Les Indiens qui jusque là étaient considérés comme des choses devinrent alors “quelqu’un”, c’est-à-dire des personnes ». La tâche des missionnaires du milieu du XVIe siècle était de proposer aux populations amérindiennes une notion d’humain qui englobe l’ensemble de l’humanité et qui la distingue des animaux. Au tournant du XVIIe siècle, la notion de personne semble prendre le relais, avec des efforts consacrés à sa définition et à sa promotion, même si la traduction de ce terme dans les langues amérindiennes devient une tâche redoutable.

  • Discutant : César ITIER (INaLCO)

Vendredi 15 décembre 2017 : Roberto Araujo (Museu paraense Emílio Goeldi, Belém, Brésil), « Domination, dépendance sociale et configurations territoriales violentes : l’impasse des agressions contre les populations rurales en Amazonie »

On constate actuellement une montée en puissance des agressions contre les populations rurales (indigènes, noirs marrons et caboclos – petits agriculteurs riverains) en Amazonie. Outre une augmentation significative du nombre d’assassinats de leaders communautaires dans des conflits fonciers, on a pu assister à de véritables raids organisés qui investissent des villages, et laissent des morts et des blessés dans leur sillage. Les auteurs de ces attentats sont de puissants propriétaires locaux qui dominent la vie politique des communes. Il s’agira ici de reconstituer certaines tendances de long terme qui, dans l’histoire du pays, nourrissent cette haine des dominants contre des populations victimes. On fera aussi l’analyse des structures de ces rapports de domination et de leurs contradictions. À partir d’exemples tirés de l’est amazonien (Transamazonienne et Tapajós), on cherchera à montrer comment cette domination se constitue dans le processus d’expansion territoriale et de formation des communes, par la mise en oeuvre de rapports de dépendance sociale teintés de paternalisme (nourris par un imaginaire domestique du lien social), entretenus par des systèmes de factions au sein même des communautés, et passibles à chaque instant d’aboutir à la violence lorsqu’ils sont contestés.

Vendredi 19 janvier 2018 : Perig Pitrou (CNRS, LAS), Vincent Hirtzel (CNRS, Centre EREA du LESC), Aurore Monod Becquelin  (LESC), Discussion autour du livre de Perig Pitrou : Le chemin et le champ. Parcours rituel et sacrifice chez les Mixe de Oaxaca, Mexique (Société d’ethnologie, Nanterre, 2016)

Comme de nombreuses autres communautés paysannes amérindiennes de l’État de Oaxaca au Mexique, les Mixe pratiquent régulièrement des sacrifices de volailles pour solliciter l’aide d’entités de la nature dans des contextes politiques, agricoles et thérapeutiques, ou en lien avec des étapes du cycle de vie. Cette diversité de finalités soulève plusieurs questions. Pourquoi ces demandes exigentelles des participants l’ascension d’une montagne avant de partager des repas rituels ? Pour quelles raisons faut-il que le sang des animaux soit répandu sur des dépôts cérémoniels élaborés selon une comptabilité complexe ? Pour répondre à ces interrogations, l’enquête restitue les discours rituels prononcés en langue vernaculaire en les reliant aux actions exécutées par les participants. Par-delà la description des gestes et des parcours réalisés par les humains, l’enjeu est de découvrir quelles actions les Mixe attribuent aux destinataires des sacrifices, et notamment à « Celui qui fait vivre ». Ce sont ces entités qui, bien qu’en partie invisibles, donnent sens, par leur présence et les pouvoirs qu’on leur prête, à l’organisation rituelle. Pas à pas, on découvre ainsi comment les humains se coordonnent avec ces partenaires d’un genre particulier pour réaliser certaines activités : partager des repas, occuper des fonctions dans l’équipe municipale, faire croître le maïs ou protéger les enfants... Tandis que le « champ » implique une activité synchronisée de la part de tous les partenaires, le « chemin » renvoie à une organisation politique dans laquelle chaque nouvelle génération prend le relais de celle qui précède.

Vendredi 16 février 2018 : Capucine Boidin (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, IHEAL-CREDA), « Textes et mots politiques en tupi-guarani (XVIe-XIXe siècles). Corpus, méthodes et questions théoriques »

Les mots et textes politiques en tupi-guarani ne sont pas de simples détails de l’histoire, qui émailleraient de ci de là des documents ou des livres en langues européennes. Ils ont dit et fait l’histoire, qu’ils aient été proférés par des autorités locales ou impériales, par des rois autochtones ou des gouverneurs allochtones. Les mots et discours politiques en tupi-guarani ont eu des effets de signification différents suivant les situations coloniales qu’ils participaient à construire et transformer. Les analyser nous donne accès aux négociations complexes engagées par les différentes parties impliquées. Pour analyser les textes et mots du politique en guarani sur la longue durée, le chercheur doit faire appel aux méthodes de la philologie, de l’histoire et de l’anthropologie. Il se situe alors entre plusieurs disciplines et champs de recherche dont les questions et systèmes d’argumentation diffèrent, parfois profondément. Les résultats de ses analyses à leur tour auront des impacts et des formes différentes suivant les disciplines. Cette intervention propose une introduction à un domaine de recherche pluridisciplinaire et une réflexion sur ses apports comme ses limites.

  • Discutant : Guillermo WILDE (CONICET, Universidad Nacional de San Martín, Argentine)

Vendredi 16 mars 2018 : Samir Boumediene (CNRS, IRHIM ENS Lyon), « L’histoire des “manières de vivre”. Enquête et politique en Amérique espagnole (XVIe-XVIIIe siècles)

Dès 1492, l'un des premiers rapports que Colomb et ses compagnons ont noué avec les habitants des Antilles fut de poser des questions. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, cette interaction a été au cœur de multiples expériences : le procès inquisitorial, le rite de la confession, la visite ainsi que l'enquête menée aussi bien par les missionnaires que par les médecins et les naturalistes partis en expédition. En suivant cette pratique aussi banale en apparence, que complexe par ses implications, cet exposé montrera comment se sont développés, en Amérique espagnole, des usages spécifiques de la connaissance. Il s'interrogera sur la façon dont l'expérience vécue, notamment celle des « autres », peut devenir un objet de savoir ; et évoquera les conflits qui résultent de la confrontation entre différentes manières d'objectiver le réel.

  • Discutant : Pierre Déléage – CNRS, LAS

Vendredi 18 mai 2018 : Oscar Calavia Saez (PPGAS-Universidade Federal de Santa Catarina, Florianópolis, Brésil), « Pour un étude comparative des Amérindiens morts. Eschatologie et pensée »

Les descriptions de l’au-delà des divers peuples amérindiens ont souvent été objet de l’attention des ethnographes : contrepoint du monde des vivants et même utopie/dystopie qui renverse certains aspects du monde terrestre prouvant le bien fondé de l’ordre social, le caractère relativement « libre » de ces « fabulations » a été souligné à plusieurs reprises. Pourtant, elles jouent sur un ensemble restreint de motifs. Partant d’exemples amazoniens, l’intervention se propose d’explorer la tenue philosophique et politique de ces « fabulations ».

Vendredi 15 juin 2018 : Maddalena Canna (membre associée au LAS-EHESS), « “Dis-lui qu’il n’existe pas”. La propagation de la transe grisi siknis chez les Miskitos du Nicaragua »

La grisi siknis – en miskito, la « maladie folle » – est un raptus de transe involontaire qui atteint de préférence les jeunes femmes miskitos, une ethnie afro-indigène vivant entre le Nicaragua et le Honduras oriental. Au cours de la transe, ceux qui sont attaqués par la grisi siknis tombent en proie à un comportement agressif ou auto-agressif associé à des hallucinations récurrentes, qui sont généralement appréhendées comme l’attaque d’un esprit maléfique. La diffusion de la maladie est perçue par les affectés comme une épidémie contagieuse redoutable et aux thérapies controversées. Néanmoins, le comportement des attaqués et les contenus très cohérents de leurs hallucinations présentent un certain degré de ritualisation. On s’attachera d’abord à appréhender la force de propagation de la grisi siknis, en analysant sa dynamique interactionnelle et la constitution de l’imaginaire qui l’impulse, pour explorer ensuite ses points d’intersection avec le raptus électif des futurs chamanes. Face à des expériences phénoménologiquement analogues, comment se constitue la frontière poreuse entre pathologie et élection ?

  • Discutant : Patrick Deshayes (Centre EREA du LESC)

Aires culturelles : Amériques,

Renseignements :

Anath Ariel de Vidas

Adresse(s) électronique(s) de contact : anathari(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 14 février 2018.

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