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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Faire de l’anthropologie en contexte postcolonial : le cas du Vanuatu

  • Marie Durand, postdoctorante au musée du Quai Branly-Jacques Chirac ( CREDO )
  • Monika Stern, chargée de recherche au CNRS ( CREDO )
  • Éric Wittersheim, maître de conférences de l'EHESS ( IRIS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e mercredis du mois de 13 h à 15 h (salle 9, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 8 novembre 2017 au 23 mai 2018

Comment s'élaborent la connaissance et l'image sociale d'un pays ? À partir de l'exemple du Vanuatu, nous tenterons d'identifier les différents mécanismes de production du savoir par lesquels se construit un savoir global sur un pays, au-delà des seuls travaux de chercheurs qui n'en constituent qu'une partie limitée et souvent peu médiatisée. Ceci nous conduit à inscrire et penser notre travail de chercheur dans sa temporalité et son contexte (historique et politique) ainsi que dans ses relations aux autres acteurs produisant du savoir sur le pays et aux moyens de diffusion de celui-ci. Ainsi, on peut lire l'évolution progressive des thématiques de recherche sur le Vanuatu en regard des évolutions plus globales qu'a connues le pays et son environnement régional: la politique foncière et décoloniale des années 1970-80, la question de la dépendance économique et du développement dans les années 1990, la crise de l'État postcolonial dans les années 2000, et aujourd'hui la question du changement climatique qui semble éclipser ou englober toutes les autres.

Ce séminaire se propose donc d'analyser les implications d'une recherche menée en contexte postcolonial, de surcroît lorsque le chercheur est issu d'une des anciennes puissances coloniales. Dans ce cadre, il posera la question de la spécificité de telles recherches au Vanuatu en interrogeant les modalités de leurs mises en œuvre (institutions médiatrices, protocoles éthiques, intermédiaires et modalités de diffusions locales de la recherche). Tout en réfléchissant à la posture respective des différentes sciences sociales (anthropologie, linguistique, archéologie, géographie) vis-à-vis du passé colonial en fonction de leur discours et de leurs méthodes, nous réfléchirons à la manière dont la science se situe elle-même dans un continuum de relations possibles, et non plus dans une posture scientifique ex-nihilo, surplombante ou détachée. Partant de l'évidence que la relation entre le chercheur et les personnes qu'il étudie est aussi une relation sociale, nous serons  attentifs à la réflexivité des chercheurs et à leurs contextualisations de l'enquête tout en proposant de croiser leurs positionnements avec ceux d’autres acteurs sociaux intervenant à différents niveaux (instances internationales, institutionnelles ou locales) dans le pays.

Cependant, dans les perspectives ouvertes par les politiques de recherche « collaborative » par le Centre culturel du Vanuatu depuis le milieu des années 1990, il convient de s’interroger sur la question de l’écriture et de la transmission de nos travaux : comment déconstruit-on les cadres classiques de présentation en intégrant les affects et la position du chercheur comme un élément important de l’interprétation ? la question de la diffusion locale des résultats de recherche contribuera à faciliter cette discussion. La place de nouveaux outils de diffusion (réseaux sociaux, web-documentaires, archives online, expositions, etc. sera abordée à partir du travail en cours de certains chercheurs sur le Vanuatu. En outre sur le terrain ces efforts réflexifs ne suffisent pas à expliquer ni à décrire l'ensemble des interactions et leurs enjeux. La culpabilité, la gestion du poids du passé colonial dans les relations présentes, les relations complexes et ambigües qui se nouent entre chercheurs et enquêtés sur le terrain signalent d'autres types de relations entre populations locales et gens de passages, qu'ils soient chercheurs, expatriés, humanitaires, artistes, journalistes, commerçants, touristes ou voyageurs. Dépendance, séduction, ruse, rejet, nostalgie, amitié, adoption: ces différentes thématiques seront évoquées à partir de textes (scientifiques ou non), de films, de témoignages et d'expériences sociales diverses consacrés au Vanuatu mais également à d'autres territoires océaniens.

22 novembre 2017 : Jon Fraenkel (Université Victoria à Wellington, Nouvelle-Zélande) présentera une communication intitulée : « The Hidden Order in Western Melanesian ‘Disorderly Democracy’ » (« L'ordre caché de la “démocratie” en Mélanésie occidentale »)

La politique parlementaire de l'ouest en Mélanésie est souvent considérée comme particulièrement volatile. Les fréquents changements de gouvernement et les nombreuses crises constitutionnelles ont gagné à la région une réputation d'instabilité. Au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux Îles Salomon, le turn-over parmi les députés, le grand nombre de candidats aux élections, la fluidité des alliances entre partis politique, ainsi que les fréquents changements de gouvernements ont été interprétés comme les symptomes d'une démocratie sans règles et chaotique.
Pourtant, beaucoup d'autres pays dans le monde ont connu des phases de fréquents changements de gouvernement (la 4e République française), ou des niveaux élevés de turnover parmi les députés (p. ex. l’État du New South Wales en Australie au 19e siècle). Des systèmes faiblement institutionnalisées existent ailleurs dans le monde (comme Scott Mainwaring l’a montré pour le Brésil et la Russie) et la prolifération de candidats aux élections en Inde ou en République démocratique du Congo peuvent être interprrétés comme les signes de ce que Kanchan Chandra appelle la « démocratie clientéliste ».
Les modèles d’explication basés sur le « désordre » ou « l’instabilité » au Vanuatu, aux Îles Salomon ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée ne permettent guère de comprendre ce qui caractérise véritablement ces démocraties, et ce qui les a préservés (en dehors Fidji) des gouvernement de type autoritaire depuis l'indépendance. Cette présentation offre une explication alternative, fondée sur les obstacles à la centralisation des pouvoirs dans les sociétés très hétérogènes et dispersées. Cette communication évoque également une nouvelle base de données sur les élections au Vanuatu.

10 janvier 2018 : Monika Stern (chargée de recherche au CNRS, Centre de recherche et de documentation sur l'Océanie, AMU, EHESS, CNRS - Credo - UMR 7308), présentera une communication intitulée « Faire de la politique avec la musique ? Le processus de la politisation d’un évènement culturel  (le cas du Fest’Napuan au Vanuatu) »

En quoi la musique est-elle politique ? Depuis quelques années les chansons reggae et hip-hop du Vanuatu sont de plus en plus politiques et revendicatives. Cette présentation aura pour but d’analyser comment le processus de politisation s’est mis en place à travers le Fest’Napuan, festival des musiques urbaines de Port-Vila, la capitale de cet archipel mélanésien. Quelles sont les connections qui lient le festival avec des institutions et des personnalités culturelles, éducatives et politiques ? Comment la musique devient un élément de persuasion socio-politique bidirectionnel ?

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Éric Wittersheim- Anthropologie de l’État en Océanie. Ville, migrations, territoires et globalisation
  • Renseignements :

    par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    premier contact par courriel.

    Réception :

    sur rendez-vous préalable (contact par courriel)

    Niveau requis :

    Ouvert aux étudiants en master, doctorat, ainsi qu'aux personnes intéressées professionnellement par le Vanuatu

    Adresse(s) électronique(s) de contact : eric.wittersheim(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 22 janvier 2018.

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