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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Le modèle californien : innovation, disruption, ubérisation

  • Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS ( IMM-CEMS )
  • Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS (*) ( IMM-CEMS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e mardis du mois de 11 h à 13 h (salle A06_51, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 7 novembre 2017 au 5 juin 2018. La séance du 20 mars est reportée au 27 mars en salle A07_51

Un imaginaire politique s’est déployé à partir des années 1970 en Californie. Free, Free Speech, Free of charge forment un modèle social sublimant l’idée d’émancipation individuelle, consacrant la libération des flux d’information et le partage sans limites des contenus. Ces principes ont promu une société fondée sur l’innovation, l’entrepreneuriat et la communication en réseaux. Le modèle californien transforme aujourd’hui radicalement les modes de production, de création de valeur et les rapports au travail. Inspirant des visions enchantées ou pessimistes, il justifie l’essor des coopératives, motive l’esprit startup, légitime la précarisation de l’emploi ou la gratuité du travail. Le séminaire abordera ces différents enjeux à partir d’une confrontation entre chercheurs et acteurs de ce monde nouveau.

Avec le soutien du LabEx Icca

7 novembre 2017 : Patrice Flichy (Université de Marne La Vallée), « Les nouvelles frontières du travail »

La révolution numérique est au cœur des mutations que connaît aujourd’hui le travail. À tel point que certains y voient la cause principale de la précarisation de l’emploi et dénoncent l’« ubérisation » de l’économie, qui annoncerait la fin du salariat, voire celle du travail lui-même. Cette lecture ne perçoit qu’une partie du problème. Elle ignore en effet une autre révolution silencieuse actuellement à l’œuvre : la recherche par les individus de nouveaux rapports au travail. De plus en plus d’hommes et de femmes souhaitent gagner en autonomie, se singulariser, valoriser leur réputation, se réaliser dans ce qu’ils font. Le numérique leur fournit la possibilité de rapprocher leur travail et leurs passions, de mobiliser leurs ressources personnelles pour inventer des formes d’activités à travers lesquelles ils puissent se définir. En analysant les tentatives qui se font jour de travailler autrement, cet ouvrage montre comment se substitue à la longue tradition de l’autre travail, anciennement confiné dans l’espace domestique ou celui du voisinage, un travail ouvert, court-circuitant l’organisation des professions et associant l’économie collaborative marchande à l’économie du partage non marchande. Si ces utopies pratiques nécessitent de repenser le compromis social sur des bases renouvelées pour garantir à tous les mêmes droits, les voies d’émancipation qu’elles inspirent redéfinissent entièrement la question du travail : l’enjeu n’est plus désormais de s’en libérer, mais de le libérer.

Patrice Flichy est professeur émérite de sociologie à l’université de Paris Est-Marne-la-Vallée. Il a notamment publié L’Imaginaire d’Internet (La Découverte, 2001) et Le Sacre de l’amateur (La république des idées/Seuil, 2010). Il dirige la revue Réseaux

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21 novembre 2017 : Monique Dagnaud et Olivier Alexandre (CNRS/LIP6), « Le modèle californien. Utopie ou dystopie sur le travail »

Le concept de modèle californien mérite d’être décrypté à l’aune de ses utopies d’origine - en particulier la place qu’y occupent les notions de technologies disruptives et la part accordée à la notion non économique de « gratuité ». Il est rapidement devenu  la matrice d’une transformation du capitalisme, irriguant tous les secteurs d’activité. Avec l’intensification de la robotisation et de l’intelligence artificielle, s’est levée une sorte de panique morale autour du technological unemployment. Depuis plusieurs années,  économistes et sociologues s’affrontent sur ses retombées. Processus de destruction créatrice, évolution de l’emploi technologique, créations d’entreprises et développement du statut d’indépendant, émergence d’une zone grise des activités rémunérées, transformation de l'image du travail : les bouleversements introduits par le modèle californien sont économiques mais encore plus culturels.

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5 décembre 2017 : Olivier Ezratty (consultant, auteur du Guide des startups) et Mathilde Ramadier (auteure de Bienvenue dans le nouveau monde), « Mythe et réalité des startups »

Olivier Ezratty, « L’irruption des grandes entreprises dans l’écosystème des startups : avancées ou poison ? »
Depuis une demi-douzaine d’années, les grandes entreprises françaises se sont entichées d’innovation ouverte et ont déroulé le tapis rouge aux startups avec force concours et accélérateurs. Leur principal objectif est de s’imprégner de la culture startup et d’innover plus rapidement. La peur qui les motive : celle de rater le train d’une vague d’innovations qui pourrait déstabiliser leur position établie. Comment ces déclarations d’intentions se traduisent-elles dans la pratique pour les startups, quels bénéfices en tirent-t-elles et quels écueils à éviter de part et d’autre ? »

Olivier Ezratty est consultant et auteur, particulièrement actif dans le domaine des deep techs. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage collaboratif Guide des startups édité depuis 2006 (21e édition, plus de 200 000 téléchargements), ainsi que du Rapport du CES de Las Vegas.

Mathilde Ramadier, « Le travail dans les startups vu par les petites mains du numérique : innovation ou régression ? »
Depuis quelques années, l’organisation du travail en entreprise se tourne vers le modèle de la Silicon Valley avec une conviction de plus en plus forte. Open space, hiérarchie plate, novlangue enrichie en anglicismes, horaires souples, ludification… Tout cela pourrait se résumer en un seul mot : flexibilité. Un avantage, d’après la philosophie startup. Mais en réalité, cette flexibilité, gouvernée essentiellement par les créateurs d’entreprise, leurs associés et leurs investisseurs, ne profite pas à tout le monde. Elle représenterait plutôt les habits neufs de la précarité.
En parallèle de son activité d’auteure et de scénariste, Mathilde Ramadier a travaillé durant quatre ans pour des startups berlinoises. Elle raconte et analyse son expérience dans un livre, Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des startups (Premier Parallèle, 2017).

19 décembre 2017 : Paris Chrysos (ISC de Paris), Luis Felipe Murillo (post-doctorant au CNAM), « Développeurs, hackers et créativité numérique »

Luis Felipe R. Murillo (IFRIS, CNAM-LISE), « Les sens (politiques) du hacking »
Cette présentation abordera les «cultures politiques» propre à l’informatique à travers les conditions de formation des compétences techniques. Sur la base d’une recherche ethnographique parmi les collectifs d’experts en informatique dans la région du Pacifique, il s’agira d’évoquer la politisation de l’expertise informatique et ses conséquences pour la formation du réseau de collectifs d’experts. En s’appuyant sur l’anthropologie des techniques, on reviendra sur trois axes d’expertise informatique contemporaine : 1) la spatialisation (avec la formation des espaces sous la rubrique « hackerspace ») ; 2) la personnification (avec auto-formation et auto-identification des informaticiens en tant que « hackers ») ; et 3) et la politisation (avec la transformation du « hacking » en une forme d’action politique).

Paris Chrysos (ISC Paris), « La disruption par l’enthousiasme. La disruption potentielle de l’industrie spatiale par les Cubesats »
Pratique pédagogique adressée aux élèves des écoles d’ingénierie américaines, les Cubesats ont connu une forte expansion depuis leur introduction en trouvant une application dans le domaine spatial.  L’hypothèse de la faisabilité d’un satellite de la taille d’une boîte de chaussures visait à motiver les élèves à s’investir davantage dans l’apprentissage des méthodes d’intégration rencontrées dans l’industrie. Aujourd’hui, ces « nano-satellites » ouvrent de nouvelles possibilités pour l’exploration de l’espace. En utilisant la théorie de l’innovation propre aux développeurs (Chrysos, 2013) et en se focalisant sur les side projects (des projets qu’on peut mener durant son temps libre), il s’agira de mettre en perspective ce mode de développement industriel.

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16 janvier 2018 : Les territoires de l’innovation. Labels et stratégies géographiques dans le secteur numérique

  • Yan Dalla Pria (Paris X/CeRSM). Le Silicon Sentier. Vie et mort d'un label géographique
    Comment rendre compte de l’émergence puis du déclin du Silicon Sentier, haut lieu de la net-économie française durant la période de gonflement de la bulle Internet (1998-2001) ? En réponse à cette question, la présentation abordera d’abord les raisons et modalités de la concentration de nombreuses start-up dans le quartier parisien du Sentier à partir de la fin des années 1990 (construction de la proximité géographique). Il s’agira en outre de comprendre comment ces start-up sont parvenues à développer entre elles une forme de proximité socio-économique reposant sur le partage des mêmes modèles économiques mais aussi des mêmes codes comportementaux et valeurs (proximité cognitive). Le déclin brutal de ce quartier après l’éclatement de la bulle Internet en 2001 interroge enfin les conditions de pérennité (résilience) des clusters numériques. Une comparaison avec d’autres territoires en France et aux Etats-Unis apporte sur ce point un éclairage pertinent.
  • Clément Pin (Sciences Po Paris/LIEPP). Le cluster comme politique publique
    Le concept de cluster s’est diffusé dans le champ de l’action publique au tournant des années 2000 en donnant lieu à des politiques de cluster qui se déploient l’échelle régionale. La communication interrogera la nature et les effets de ce type de politiques publiques en deux temps. Premièrement, en les envisageant sous l’angle de la territorialisation des politiques de recherche et d’innovation, on montrera qu’en plus d’être porteuses d’une diversification des acteurs impliqués dans la gestion du développement économique local, elles mobilisent des représentations propices à ce que ces acteurs inscrivent leur action dans un espace local dépassant les périmètres territoriaux pré-existants. On observera toutefois, dans un deuxième temps, en adoptant une lecture en termes de gouvernance néolibérale, que ces stratégies de construction de « territoires de l’innovation », bien que suscitées par la puissance publique, ont pour effet de stimuler la concurrence entre territoires et acteurs de l’innovation (entreprises, laboratoires, entrepreneurs, investisseurs). La communication mobilisera les résultats d’une comparaison des politiques de cluster conduites en Ile-de-France et en Lombardie dans le domaine du numérique.

En lien avec la séance :

6 février 2018 : Jean-Gabriel Ganascia (Lip6, Université Pierre et Marie Curie), « Hubris et stratégies des founders de la Silicon Valley »

Vaporisation et migration de l’être sur une machine avant sa réintégration dans un corps d’emprunt robotisé puis sa conservation indéfinie sous forme de flux d’information… tel serait selon des chercheurs de l’université de la Singularité et d’autres technoprophètes, l’avenir inéluctable. Derrière cette promesse de métempsycose et d’immortalité se cache à la fois une confiance absolue dans la toute puissance de la technologie et des stratégies politiques libertariennes que nous nous proposerons d’analyser.

En liens avec la séance

  • Le mythe de la Singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ?, éditions du Seuil, 2017.
  • L’intelligence artificielle : vers une domination programmée ?, éditions du Cavalier Bleu, 2017.
  • Ray Kurwell, Préparez-vous à la réflexion hybride, Ted Conference, 2014.

20 février 2018 : Olivier Alexandre (CNRS/LIP6) Samuel Coavoux (Orange Labs/Sense), « Les influenceurs : nouvelle élite du numérique et pouvoir informationnel »

« Influencer« , « thought leader« , « management or global thinker« , « world leading speaker« , « tech guru« , « thinkfluencer« , etc. À contre-pente des discours sur la fin des intellectuels et la crise des médias, une figure atypique a émergé au cours des dernières années. Une nouvelle élite intellectuelle, associée au terme « d’influenceur », s’est ainsi progressivement affirmée à la faveur des réseaux sociaux et de l’économie des plateformes. S’incarnant à travers les coups médiatiques de personnalités dites « inclassables » telles qu’Elon Musk ou Peter Thiel, ils dessinent le futur promis par les technologies et esquissent les manières d’en tirer profit. Outre leur expertise technique, leur légitimité repose sur une réussite individuelle, aussi bien personnelle que professionnelle, régulièrement mise en scène. À partir d’une analyse de près de 200 « influenceurs », il s’agira d’analyser les trajectoires sociales et de reconstituer l’espace social au sein duquel ils déploient leur activité. Tour à tour investisseur et conférencier, enseignant et entrepreneur, écrivain et conseiller politique, ils mobilisent indifféremment des ressources privées et publiques, en appellent à l’esprit startup aussi bien qu’à la puissance financière de Wall Street ou des fonds souverains, proclament la fin d’un monde tout en se distinguant par leur science de l’actualité. Intégrés au sein de l’industrie du numérique mais singularisés sur la base de leurs activités éditoriales (livres, blogs, tweets, Ted Talk), ces « influenceurs » s’illustrent par une pratique clivée de la communication : dimension collaborative de la production d’information mais énonciation à la première personne ; valorisation de l’innovation mais routinisation des pratiques ; stratégie de mise en intrigue mais déclinaison de la parole sur différents supports ; recherche d’une amélioration systématique des combinaisons productives mais activité constante de mise en récit ; minimisation des coûts temporels et effets d’annonces mais sacralisation de la technologie et du savoir ; conscience du caractère aléatoire de l’innovation mais pratique assurée de la prospective. Leur notoriété croissante offre un prisme d’analyse privilégié pour saisir les transformations sociales portées par le numérique.

6 mars 2018 : Jean-Laurent Cassely (journaliste), « La Main au travail. L’artisanat comme nouvel horizon des cadres supérieurs »

Jean-Laurent Cassely viendra présenter et discuter de son livre La Révolte des premiers de la classe (Arkhè, 2017) avec d’anciens cadres reconvertis dans l’artisanat.

Une vague de jeunes diplômés qui sortent gagnants de la compétition scolaire armés de titres universitaires décident, après un bref passage en cabinets de conseil, le siège de grands groupes, les médias ou des institutions culturelles, de se reconvertir dans des métiers de l’artisanat de production et du commerce de proximité. Le CAP cuisine ou ébénisterie vient compléter un parcours de premier de la classe et s’ajoute à un diplôme de niveau bac + 5. Le choix de s’établir comme artisan, commerçant, restaurateur, peut être interprété comme une fatigue et un désir de quitter la course à la « disruption ». Face à la « transformation digitale », certains souhaitent échapper à la « course contre les machines ». Ces reconversions sont situées socialement mais également concentrées dans les villes-centres des métropoles, en particulier dans les quartiers dits « gentrifiés ». Ces artisans et commerçants proposent un nouvel art de vivre en même temps qu’ils défendent une nouvelle économie résidentielle en jouant de leur double compétence et de leur double appartenance : au savoir-faire technique acquis s’ajoute la compétence culturelle liée à leur statut de diplômés, laquelle s’avère très utile pour « parler » aux consommateurs de ces quartiers. Car, ironiquement, les salariés de l’économie numérique sont les premiers clients de cette « quête de sens » qui, une fois passée au filtre de la révolte entrepreneuriale.

En liens avec la séance

  • Elizabeth Currid-Halkett, The Sum of Small Things. A Theory of the Aspirational Class. Princeton (NJ): Princeton University Press, 2017.
  • David Graeber, The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy. Brooklyn (NY): Melville House, 2015.
  • Des bullshit jobs au néo-artisanat, France Culture, 06        septembre 2017.

27 mars 2018 (salle A07_51) : Olivier Alexandre (CNRS/LIP6) et Ludovic Ismael (Photographe), « Burning Man. Existentialisme récréatif et entrepreneuriat festif »

Présentation d’Olivier Alexandre (CNRS/Lip6)
Chaque année le désert de Black Rock City accueille durant une semaine au solstice d’été plusieurs dizaines de milliers de festivaliers pour célébrer un mode de vie articulé autour du désintéressement, de l’art et de l’expérimentation tout azimut. Derrière les images abondamment relayées par les médias d’un éternel Summer of love placé sous le signe du sexe, de la drogue et du rock’n’roll samplé, un autre répertoire de valeurs est en pratique consacré : créativité, auto-organisation, entre-aide, initiative individuelle, travail en réseau, sens de la communauté, etc. Les parallèles entre la culture de la Silicon Valley et sa supposée antithèse ont pu ainsi nourrir nombre de rapprochements, d’entrecroisements, voire d’identifications, à la manière d’Elon Musk déclarant : « le Burning Man, c’est la Silicon Valley ». Fondé sur une enquête par observation participative et entretiens, on reviendra sur la manière dont le festival du Burning Man offre une synthèse saisissante de l’ethos de la Bay Area et la manière dont il offre un espace et des supports d’incarnation à ses techies.

Avec le photographe Ludovic Ismaël :
« Il y a les festivals d’une journée, et il y a les festivals d’une vie; ceux du monde et ceux de l’autre bout du monde. Ceux du spectacle et celui de l’expérimentation. Cinq années durant, Ludovic Ismaël a parcouru le Burning Man à la rencontre des passagers de cette utopie éphémère. » Cf. Traversées libertaires: les illuminés du Burning Man (Next, 24 mars 2017)

En liens avec la séance:

  • Bonin Olivier, Dust and Illusions. A History Of Burning Man (Documentary, US), 2009.
  • Chen Katherine, Enabling Creative Chaos. The Organization Behind the Burning Man Event. Chicago: Chicago University Press, 2009.
  • Gilmore Lee, Van Proyen Mark (eds), AfterBurn: Reflections on Burning Man, New Mexico: University of New Mexico Press, 2005.
  • Kozinets Robert V., « Can Consumers Escape the Market? Emancipatory Illuminations from Burning Man », Journal of Consumer Research 29: 20–38, 2002.
  • Turner Fred, « Burning Man at Google. A Cultural Infrastructure for New Media Production« , New Media & Society, Vol.11, No.1-2 (April, 2009): 145-66.

3 avril 2018 : Des plateformes au travail

  • Jean-Samuel Beuscart (Orange Labs/Sense), « L’agentivité des utilisateurs des plateformes »

Le terme « plateforme » s’est progressivement imposé pour décrire les entreprises du web qui organisent des échanges à grande échelle entre leurs utilisateurs. Alors que les analyses des années 2000 ont mis l’accent sur les formes de ces échanges et les opportunités qu’elles suscitent, la tonalité actuelle du commentaire social comme des travaux académiques met l’accent sur le pouvoir de formatage et de contrainte des plateformes sur les actions des utilisateurs. Comment décrire correctement l’agentivité des utilisateurs des plateformes du web ? Pour tenter d’y répondre nous proposons un retour critique sur deux enquêtes collectives. La première (Beuscart, Crépel, Couronné, Mellet) porte sur les plateformes d’autopublication en ligne ; elle décrit les stratégies des artistes amateurs pour construire des espaces de sociabilité et de visibilité pertinents au moyen des fonctionnalités des plateformes.  La seconde (Beuscart, Peugeot, Pharabod, Trespeuch) étudie les pratiques de consommation collaborative ; elle montre que les interactions marchandes sont fortement formatées par les plateformes, mais que ce formatage rencontre le plus souvent l’approbation explicite des utilisateurs, ce qui n’empêche pas le développement de nombreuses tactiques de contournement. La comparaison des deux enquêtes permet d’esquisser le chemin d’une description juste des capacités des utilisateurs des plateformes comme des critiques qu’ils leurs adressent.

  • Marie-Anne Dujarier (professeure à l'Université Paris-Diderot, Lise), « Les places de marché dans le service à la personne »

Un cas empirique (les places de marché des services  la personne, en France),  permet de caractériser la sociologie des acteurs principaux (entrepreneurs, actionnaires, salariés, offreurs de travail et clients), et d'analyser les transformations du travail et des idéologies en jeu dans cette configuration.

En liens avec la séance

  • J.-S. Beuscart, « Les plateformes d’autopublication artistique en ligne : quatre figures de l’engagement des amateurs dans le web 2.0”, in W. Lizé, D. Naudier, S. Sofio (dir.), Les stratèges de la notoriété. Intermédiaires et consécration dans les univers artistiques », Editions des Archives Contemporaines, Paris, 2014. (avec Maxime Crepel).
  • J.-S. Beuscart, Valérie Peugeot, Anne-Sylvie Pharabod, Marie Trespeuch, Marie Trespeuch, "Partager pour mieux consommer", Esprit, Juillet 2015, p. 17-29.
  • M.-J. Dujarier, « Digital labor, travail du consommateur: quels usages sociaux du numérique ?», dossier Digital labor, INA Global, La Revue des Industries Créatives et des Médias, en ligne, 2016.
  • M.-J. Dujarier, « Qu’est-ce que le travail ? » in Qu'est-ce qu'un régime de travail réellement humain ?, Supiot et Mussot (dir.), Editions Hermann, à paraitre en 2018.
  • M.-J. Dujarier, "The activity of the consumer: strengthening, transforming or contesting capitalism?", The Sociological Quarterly.  Vol. 56, Issue 3, p. 460-471, 2015.

15 mai 2018 : Aurélien Acquier (ESCP Europe) et Yohana Benattar (chargée de médiation), « Le(s) modèle(s) californien(s) : retour des communs ou retour au ‘domestic system’ ? »

L’économie collaborative est l’objet d’analyses contradictoires, certains y voyant le symptôme d’un ‘retour des communs’ alors que d’autres dénoncent les dynamiques d’expropriation de la valeur par des plateformes prédatrices. Pour s’engager dans ce débat, cette présentation propose une analyse organisationnelle du phénomène de l’économie collaborative.

Dans un premier temps, le concept d’économie collaborative est analysé comme un champ organisationnel hétérogène et contesté, porteur d'une pluralité d'idéologies et d’utopies organisationnelles, construit au confluent de trois courants : l’économie des plateformes, l’économie des communautés, et l’économie de l’accès (Acquier, Daudigeos & Pinkse, 2017). De ce fait, l’économie collaborative se caractérise par une pluralité de promesses, paradoxes, et modèles organisationnels.

La seconde partie de la présentation est alors consacrée aux différents modèles organisationnels qui composent l’économie collaborative et aux mécanismes de création et de capture de valeur de chaque modèle. Dans une troisième partie, nous approfondissons l’un de ces modèles : les plateformes pair-à-pair. Nous montrons comment ces plateformes se caractérisent par un double mouvement de décentralisation / re-centralisation et marquent un retour au domestic system, une forme d’organisation pré-industrielle que l’on croyait disparue avec l’émergence de la manufacture.

Ressources :

  • A. Acquier, V.Carbone (2018) Sharing Economy and Social innovation, in Cambridge Handbook on Law and Regulation of the Sharing economy (eds N.Davinson, D.Finck &J.Infranca), Cambridge University Press
  • A. Acquier, Uberization meets Organizational Theory, Platform capitalism and the rebirth of the putting-out system, in Cambridge Handbook on Law and Regulation of the Sharing economy (eds N.Davinson, D.Finck &J.Infranca), Cambridge University Press
  • A. Acquier, T.Daudigeos, Jonathan Pinkse, Promises and paradoxes of the sharing economy : An organizing framework, Technological Forecast & Social Change

5 juin 2018 : Conclusion

Aires culturelles : Amérique du Nord, Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Centre : IMM-CEMS - Centre d'étude des mouvements sociaux

Renseignements :

contacter Monique Dagnaud ou Olivier Alexandre par courriel.

Secrétariat : guillaume.braunstein(at)ehess.fr

Direction de travaux d'étudiants :

contacter Monique Dagnaud par courriel.

Réception :

contacter Monique Dagnaud ou Olivier Alexandre par courriel.

Niveau requis :

master 1.

Site web : https://modcalifornien.wordpress.com/a-propos/le-modele-californien/

Adresse(s) électronique(s) de contact : dagnaud(at)ehess.fr, olivier.alexandre(at)ehess.fr, guillaume.braunstein(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 3 mai 2018.

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