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Société et pouvoir à l’époque moderne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 9 h à 11 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2017 au 25 mai 2018. La séance du 13 avril est annulée. La séance du 4 mai se déroulera en salle AS1_24 (54 bd Raspail 75006 Paris)

Dans la continuité des années précédentes, ce séminaire se veut un atelier de fabrication et de démonstration d’une histoire sociale inscrite dans l’espace politique de l’Ancien Régime. En interrogeant les modalités de participation au pouvoir tout en saisissant les cadres dans lesquels évoluent les ordres, corps, communautés, familles et individus, il s’agit d’éclairer les évolutions du fonctionnement des systèmes politiques, notamment de la France dite « moderne ».

Laissant une place importante à une interrogation sur le rapport entre les mots vernaculaires et l’analyse sociale des pouvoirs, l’année sera organisée en quatre séquences. La première reviendra sur les notions de « race », de « sang » et de « maison », leurs changements et leurs rapports aux structures sociales. La deuxième s’attachera aux constructions bourgeoises d’Ancien Régime en lien avec les institutions politiques urbaines (métiers, municipalités) et monarchiques (tribunaux, intendances). Une troisième séquence déplacera le regard vers la noblesse en faisant une large place à la diversité des parcours familiaux. Enfin, nous nous pencherons sur les relations entre le statut familial (place dans la fratrie, ordre de naissance, âge, sexe, statut marital, etc.) et la position sociale.

D’un point de vue pédagogique et méthodologique, le séminaire sera fondé sur des travaux empiriques avec une attention particulière portée à la construction et à l’usage des sources, mais dans le cadre d’une interprétation systémique visant à énoncer des propositions générales.

Vendredi 9 mars 2018 : Shigeyuki Makihara 牧原成征 (professeur à l’Université de Tokyo, spécialiste de l’histoire sociale du Japon prémoderne), « La fabrique des ninja : à propos des généalogies de vassaux du shôgun »

Les organisations vassaliques des shôgun Tokugawa et des grands féodaux (les daimyô) de l'époque d'Edo (XVIIe-XIXe siècles) étaient formées par des guerriers fieffés combattant à cheval d’une part, et de l’autre, de soldats qui se battaient à pied, comme les kachi et les ashigaru, ou de non-combattants qui portaient les bagages ou effectuaient divers travaux, qu’on appelait chûgen ou encore komono. Dans le cas des vassaux du shôgun, les cavaliers avaient en général le rang de hatamoto (les « hommes de la bannière »), alors que les autres correspondaient à la catégorie inférieure des gokenin (les « hommes-liges »). Le noyau central de ces gokenin était constitué par les fantassins légers ashigaru, plus particulièrement chargés de mener des escarmouches avec leurs arquebuses, et d’opérations de renseignement ou de guérilla. Alors qu'à l’époque des provinces en guerre, au XVIe siècle, les luttes se faisaient de plus en plus intenses, et que les arquebuses se répandaient rapidement à travers l’archipel, ces fantassins furent engagés en grand nombre et organisés en « compagnies » (kumi), pour être incorporés aux organisations vassaliques des daimyô ou du shogounat.

Certains vassaux shogounaux, qui appartenaient à des unités portant des noms de lieux, comme lav« compagnie de Kôka », la « compagnie de Negoro », ou bien « les hommes d’Iga », étaient en réalité issus de groupements de guerriers-paysans des régions centrales du Kinki qui s’étaient opposés à Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi lors de la réunification du pays à la fin du XVIe siècle, avant d'entrer ensuite comme « hommes-liges » dans le vasselage des Tokugawa. En se basant sur leurs origines familiales, ils se mirent bientôt à composer leurs propres généalogies. Or les régions de Kôka, de Negoro ou d’Iga étaient connues pour avoir donné leur nom à diverses branches de ninjas, des espions au service des armées féodales : les activités de ces fantassins shogounaux qui consistaient surtout à l’origine dans des opérations de guérilla, furent donc par la suite exagérées dans certaines généalogies, pour faire de leurs familles les héritiers de ces mystérieux guerriers de l’ombre.

Aires culturelles : Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire annuel (48 h = 2 x 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulés généraux :

  • Fanny Cosandey- Patrimoine et souveraineté. Anthropologie du Régime monarchique
  • Robert Descimon- Histoire sociale des pouvoirs politiques
  • Renseignements :

    contacter les enseignants par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    sur rendez-vous.

    Réception :

    sur rendez-vous.

    Niveau requis :

    Master, doctorat, recherche.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : cosandey(at)ehess.fr, haddad(at)ehess.fr, marraud(at)ehess.fr, descimon(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Le séminaire a choisi d’articuler cette année quatre thèmes en lien avec une interrogation générale portant sur la répartition et la transmission sociale des pouvoirs politiques à l’époque moderne.
    Tout d’abord, huit séances ont voulu déconstruire les usages du concept de « race » en contexte nobiliaire dans la France moderne, en mettant l’accent sur ses enjeux généalogiques. Des éclairages apportés par Valérie Piétri et Jean-Paul Zuñiga sur des territoires provençaux ou coloniaux espagnols ont permis de restituer les attendus sociaux de ceux qui usent alors du mot « race », selon qu’ils le font par souci propre de distinction, ou pour désigner et classer autrui. Claude-Olivier Doron a pu revenir sur la genèse des vocables qui mènent à une compréhension héréditaire et génétique des caractères physiques et moraux, tels que le XIXe siècle la met en place.
    Puis, cinq séances ont abordé la polysémie de la notion de bourgeoisie d’Ancien Régime. Un grand arc chronologique a pris en charge la genèse du concept politique de bourgeoisie, depuis les proto-métiers organisés à la fin du Moyen Âge en Normandie, grâce à François Rivière, jusqu’aux rapports entre bourgeoisie parisienne et monarchie au XVIIIe siècle, en passant par les spécialisations socio-professionnelles du patriciat urbain au XVIe siècle. Une fois arrivé au XVIIIe siècle, deux pistes se sont présentées, d’une part les éventuelles politisations des élites municipales à la fin de la période (Laurence Croq), d’autre part, la relation entre exercice noble et exercice bourgeois de la puissance publique à Paris, que la monarchie organise de manière à la fois analogue et conflictuelle.
    Un troisième thème, portant sur « noblesse et pouvoir », consistait à examiner en quatre séances les expériences sociales de la domination, dans un souci comparatiste fort. Tandis que le cas français s’est appuyé sur la structuration d’une maison aristocratique entre XVIe et XVIIe siècle, autour de logiques patrimoniales et seigneuriales conduisant à un renforcement patrilinéaire de la lignée, deux autres cas ont permis d’excentrer le propos : en premier lieu le Japon (Shigeyuki Makihara) avec l’étude des pratiques de fidélités guerrières ou mercenaires, et la manière dont elles donnent naissance à des ensembles féodaux stables au XVIIe siècle ; en second lieu la visibilité princière et nobiliaire dans le tournoi post-médiéval, et la manière dont ce dernier prolonge la définition comportementale de la noblesse tout en l’amalgamant peu à peu à la figure courtisane (Pierre Couhault).
    Enfin, un dernier thème, présent dans ce séminaire depuis ses origines, a occupé sept séances au long desquelles il s’agissait de revenir sur les régimes d’assignation sociale propre à l’Ancien Régime, que sont le statut familial et la position hiérarchique. Juliette Eymeoud et Ryan Hilliard ont dressé un panorama des postures libres ou imposées du célibat féminin et/ou masculin dans la France moderne, les abordant sous l’angle difficile du corpus aussi bien que des particularités culturelles, démographiques, et surtout des objectifs successoraux qu’elles recouvrent selon les milieux. De son côté, Flavie Leroux a illustré combien la perpétuation d’une maison ducale est une opération où chaque branche, masculine et féminine, y compris les branches interrompues, est indispensable à long terme pour la transmission et la concentration des droits. Puis les bénéficiaires des pensions royales, étudiés par Benoît Carré, ont montré des systèmes différents de distribution de la grâce en volume (petits militaires) ou en montant (grands dignitaires), révèlent plusieurs modes hiérarchiques à l’œuvre. Enfin, la caractéristique des faillites marchandes parisiennes a illustré la manière dont l’échec commercial n’est pas envisagé d’un strict point de vue économique, mais comme une rupture sociale et familiale, entraînant la sortie obligatoire de l’espace politique de la ville.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 3 mai 2018.

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