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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Histoire de l’art : médium, modernité, mondialité

Ouvert à la circulation PSLExtend

  • Anne Lafont, directrice d'études de l'EHESS (TH) ( CRAL-CEHTA )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mardi de 9 h à 11 h (INHA, salle Walter-Benjamin, 2 rue Vivienne 75002 Paris), les 14 et 28 novembre, 12 décembre 2017 ; puis (salle Fabri de Pereisc), les 9 et 23 janvier, 6 et 20 février, 6 et 20 mars, 10 avril, 22 mai et 5 juin 2018. La séance du 12 décembre est avancée au 5 décembre (de 18 h à 20 h, salle Mariette)

Au cours du séminaire, nous porterons une attention particulière aux formes que prend l’inscription d’une œuvre d’art, ou d’un objet symbolique, dans le monde : que ce soit par le motif, par la provenance des matériaux, par l’emprunt de pratiques et de savoir-faire, ou encore sous l’angle de la circulation post-factum des pièces. Nous interrogerons également les modèles théoriques disponibles dans la conceptualisation de l’histoire mondiale de l’art : des travaux majoritairement anglo-saxons à l’opportunité de la notion de créolisation, telle qu’elle a été pensée par Édouard Glissant. Il s’agira donc d’étudier un certain nombre d’éléments inhérents à la fabrique de l’art (matériaux, techniques, supports) en correspondance avec les deux grandes catégories de la discipline qui sont en train de se métamorphoser : la modernité et la mondialité. La première est mise à l’épreuve par différents contextes culturels, sociaux et nationaux qui ébranlent la chronologie traditionnelle de l’histoire des styles. La seconde redéfinit la surface géopolitique de la discipline en ce qu’elle couvre désormais : autant les objets hybrides imaginés depuis les côtes luso-africaines de la première mondialisation que les formes d’art colonial des Amériques françaises ou encore les différents mouvements indianistes du premier XXe siècle. Le projet est de travailler, à travers l’étude de cas divers, à une histoire de l’art qui repense le projet et les limites de la fabrique de la modernité esthétique à l’échelle globale.

Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS :

14 novembre 2017 : Introduction

Une séance introductive sur les enjeux principaux du séminaire et sur les modalités de travail au sein des séances. Point historiographique.

28 novembre 2017 : Africaneries, relecture de l’exotisme rococo

5 décembre 2017 : Le portrait de la révolution globale : Belley par Girodet                                                        

9 janvier 2018 : L’héroïsme noir ? Pratiques esthétiques et violence

23 janvier 2018 : Elvan Zabunyan (Université de Rennes II), professeure invitée 

Conférence : « L’imaginaire de la mer ou le Middle Passage visité par les images. Artistes contemporains de la diaspora africaine, un engagement visuel ».    

Textes de référence : Elvan Zabunyan, « Içinde Su/Water Inside », dans Carolyn Christov-Bakargiev, dir., Tuzlusu/Saltwater, catalogue de la 14e Biennale d’Istanbul, Istanbul, IKSV, 2015, p. 49-59. (turc/anglais).                             

6 février 2018 : Sexe, race et classe dans l’art de 1800

20 février 2018 : Circulations : textiles de l’Atlantique noir

6 mars 2018 : Steven Nelson (UCLA), professeur invité de l’EHESS

Conférence : Houston Conwill’s Choreographed Black Histories  

Texte de référence : Caroline A. Jones et Steven Nelson, « L’histoire de l’art aux États-Unis et le tournant vers la mondialité », Perspective, volume 2, 2015, p. 95-110.                                                                                                              

20 mars 2018 : Steven Nelson (UCLA), professeur invité de l’EHESS

Conférence : Maria Magdalena Campos-Pons: Mothers and Medium

Texte de référence : Steven Nelson, « The Image of the Black in Modern and Contemporary African Art » dans David Bindman, Suzanne Preston Blier, and Henry Louis Gates, Jr., dir., The Image of the Black in African and Asian Art, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2017, p. 167-212.

10 avril 2018 : L’Africain, l’art et le tabac : une œuvre impériale

22 mai 2018 : La traite des Nègres de Géricault, tableau inachevé

5 juin 2018 : Exposés des étudiants

Exposés oraux à partir des textes et des projets. Remise des travaux écrits

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations

Intitulés généraux :

  • Anne Lafont- Histoire de l'art et créolités
  • Direction de travaux d'étudiants :

    une participation active sur la base de la lecture critique des textes proposés est exigée tandis que la validation des unités d'enseignement passe par le rendu d'un travail écrit en fin de semestre dont la nature est à déterminer avec l'enseignante.

    Réception :

    sur rendez-vous.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : anne.lafont(at)inha.fr

    Compte rendu

    Le séminaire avait pour ambition de poser les questions méthodologiques d’un renouvellement de l’histoire de l’art par l’attention portée à la notion de mondialité telle qu’elle a été conceptualisée par Édouard Glissant, et par l’exploration de cas d’études précis qui imposaient une prise en charge inédite quant à la dimension impériale des motifs et des matériaux faisant œuvre d’art. Il s’agissait donc de voir avec les étudiants (de master et de doctorat) comment l’objet d’art, même le plus traditionnel possible, impose – aussi – une lecture à l’aune de l’histoire coloniale et impériale de la France à la période moderne et contemporaine. Compte tenu de mon domaine d’expertise, de nombreux exemples venaient du corpus français des XVIIIe et XIXe siècles ; cependant grâce aux deux invités qui sont intervenus : Steven Nelson (UCLA, invité de l’EHESS) et Elvan Zabunyan (Université Rennes 2), trois séances ont porté plus précisément sur la création contemporaine depuis la fin des années 1960. Ainsi, la majeure partie des étudiant·e·s engagé·e·s dans des travaux sur l’art contemporain fut elle aussi en mesure d’articuler ses recherches à des exemples plus familiers.
    Toutefois, l’expérience du séminaire, où se côtoyaient des chercheurs aux parcours divers, confirme la nécessité d’inscrire un certain nombre de questions dans l’histoire, de leur rendre une part de complexité par la mise en relation avec les formes anciennes qu’elles peuvent avoir prises, corrigeant la perception, souvent partagée à tort par les étudiant·e·s, qu’elles sont nouvelles ou à tout le moins récentes. De ce point de vue, l’histoire des femmes et les études de genre, la notion pionnière d’Atlantique noir en contrepoint de celle d’école nationale de peinture, ou encore la restitution de la dimension politique et critique de la création ancienne au regard des représentations stéréotypées, et encore les fondements communs de l’anthropologie et de l’esthétique dans leurs définitions matricielles au XVIIIe siècle, se sont avéré·e·s, à la fois, des chantiers et des approches remarquablement propices à faire émerger une histoire de l’art en rupture avec sa tendance isolationniste (sur le plan territorial comme dans la sélection de ses objets), et à montrer le profit interprétatif de faire l’histoire de la contribution africaine à la création artistique sur une plus longue durée que le seul XXe siècle.
    Parmi les nombreux points soulevés dans le sens d’une réponse de l’histoire à la volonté d’une meilleure compréhension des mondes symboliques et artistiques d’aujourd’hui, je relèverai trois événements d’actualité qui ont précipité notre réflexion sur le présent et le passé des cultures noires : l’exposition Dada Africa du musée de l’Orangerie et l’incapacité à surmonter la notion de primitivisme comme catégorie de pensée esthétique ; l’annonce gouvernementale de la restitution du patrimoine africain et les défis pratiques et symboliques d’un tel projet qui croise étroitement l’histoire coloniale et impériale ; et enfin, l’appropriation avide de l’art ancien par les artistes contemporains y compris dans le domaine de la culture populaire autour du clip-phénomène des Carters tourné au musée du Louvre. Ces événements se sont avérés des exercices pratiques de construction de discours articulant le passé et le présent des arts de l’Afrique dans sa dimension diasporique. Ils sont entrés directement en écho avec les exposés soit plus théoriques soit plus historiens que je proposais autour de la notion d’Africaneries (notion forgée pour dire l’exotisme rococo d’inspiration africaine), de la culture visuelle de la révolution haïtienne, ou encore, de la circulation des pratiques textiles des côtes de l’Afrique occidentale aux colonies antillaises en parallèle de la traite transatlantique.
    Aussi, le séminaire se poursuivra sous une autre forme l’année prochaine et portera sur l’historicisation des discours sur l’art africain, l’art nègre ou encore l’art créole depuis le XVIe siècle.

    Publications

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 26 avril 2018.

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