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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Changement climatique et biosphère : expertise, futurs et politique

  • Amy Dahan, directrice de recherche émérite au CNRS ( CAK )
  • Hélène Guillemot, chargée de recherche au CNRS ( CAK )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Un mardi par mois de 14 h à 17 h (Centre Alexandre-Koyré, 27 rue Damesme 75013 Paris), d'octobre 2017 à juin 2018. Calendrier des séances ci-dessous

Ce séminaire est consacré à la question du changement climatique – et plus généralement aux problèmes environnementaux globaux – abordée à partir de thèmes, d’objets et d’échelles différents et dans une perspective pluridisciplinaire. Le problème climatique est ainsi scruté et analysé au filtre de plusieurs disciplines et sciences sociales : histoire, sociologie, étude des sciences, sciences politiques…

Le séminaire poursuit des travaux selon deux axes principaux :

  • l’étude des sciences du climat, particulièrement les pratiques de modélisation numérique, et l’étude de l’expertise climatique, des rapports entre science et politique, en collaboration avec des équipes de climatologues et de modélisateurs ;
  • la gouvernance globale du climat et les questions de géopolitique climatique, notamment les négociations internationales et les arènes climatiques.

La nouvelle phase ouverte par l’adoption de l’Accord de Paris à la COP 21, si elle renouvelle les questionnements, rend plus nécessaire que jamais la poursuite des réflexions sur les sciences et leur rôle dans le régime climatique, ainsi que sur les nouvelles politiques climatiques. Ces deux domaines d’investigation ne sont toutefois nullement exclusifs, et le spectre des travaux présentés dans le séminaire couvre aussi l'histoire des sciences du climat et du système Terre, les questions d’économie, de transition énergétique, d’adaptation au changement climatique, de géoingéniérie...

Depuis près de 15 ans, le séminaire « Changement climatique et biosphère » a été le lieu de coordination et d’échange de nombreux projets de recherche. Les plus récents sont le projet ClimaConf financé par l’ANR (2011-2014) en collaboration avec des climatologues du LMD (http://climaconf.hypotheses.org/), et le projet ClimaCop financé par l’IFRIS (2015-2017) autour de l’étude de la COP21 (site https://climacop.hypotheses.org/). Tout en poursuivant ces collaborations, le séminaire élargit son domaine d’intérêt aux sciences et modèles du système Terre, dans le cadre du projet Humanités environnementales à l’heure de l’Anthropocène de l’université PSL (2017-2018).

10 octobre 2017 : La Chine face au mur de l’environnement ?

  • Jean-Paul Maréchal (Université Rennes 2), « La Chine : nouveau leader du régime climatique mondial ? »
    Près de deux ans après l’Accord de Paris sur le changement climatique et dix mois après l’entrée en fonction de Donald Trump, cette communication tentera de faire le point sur la stabilité effective du régime climatique international actuel mais surtout futur, c’est-à-dire lorsque l’Accord de Paris sera pleinement opérationnel.
    Cette question sera abordée à partir de l’évolution de la stratégie chinoise en matière de lutte contre le changement climatique. On verra pourquoi – et comment – Pékin est passé d’un refus de tout engagement chiffré au rôle de pays (soi-disant) « leader » dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.
  • Jean-François Huchet (EHESS – INaLCO), « Les politiques publiques environnementales chinoises à l'épreuve des économies politiques locales »
    La Chine traverse une crise environnementale sans précédent dans l’histoire du développement économique. Après une prise de conscience tardive des problèmes de pollution de la part du gouvernement, un dispositif juridique et administratif de lutte contre les dégradations de l’environnement a été progressivement mis en place depuis le début des années 2000. Parmi tous les facteurs pouvant influencer l’efficacité de ces mesures, la réaction des gouvernements locaux constitue certainement une des clefs de la réussite de ces politiques. On oublie trop souvent dans les analyses concernant l'environnement en Chine, que parallèlement aux facteurs tels que le poids démographique, le poids de l'industrie lourde, et les choix énergétiques, le rôle des gouvernements locaux en Chine a contribué à aggraver les problèmes de pollution.

5 décembre 2017 : Finance climat, fiscalité carbone: réduire les risques, construire un nouveau contrat social

  • Emmanuel Combet (CIRED, ADEME), « Fiscalité carbone et refonte du contrat social »
    Sur fond de réflexe antifiscal, la taxe carbone est dénoncée comme une mesure frappant d’abord les plus pauvres, un frein à l'activité économique, voire une lubie de « bobos hors-sol ». Dans ce premier temps, nous montrerons, simulation numériques à l’appui, comment la mise en œuvre d’une réforme fiscale d'ensemble, orientée vers la transition écologique, peut, au contraire, constituer un outil de justice sociale et de développement, tout en accompagnant les mutations nécessaires au respect des objectifs de l'Accord de Paris sur le climat.
  • Jean-Charles Hourcade (CIRED et membre actif du GIEC), « Régimes de croissance et maitrise des esprits animaux de la finance »
    Ce second exposé complètera le rôle de la fiscalité carbone, en montrant comment déclencher la transition bas carbone dans un contexte de crise des régimes de croissance en France issus des trente glorieuses sous le « coup» de la mondialisation. On y verra le rôle de l'intermédiation financière et on analysera quelques propositions pour faire des politiques climatiques un levier d'évitement des risques d'une « stagnation séculaire ».

9 janvier 2018 : Événements extrêmes et changement climatique

  • Aglaé Jézéquel (LSCE), « L'attribution d'événements extrêmes au changement climatique »
    La canicule de 2003, l'ouragan Sandy, le typhon Hayian, les inondations de la Seine, sont autant d'événements extrêmes pour lesquels la question du lien avec le changement climatique a été abordée dans les médias et dans les laboratoires de climatologie. Dans un premier temps, on verra comment les climatologues s'approprient la question « cet événement est-il causé par le changement climatique ? », les différentes façons de la traduire en termes scientifiques, et les débats qui agitent la communauté. On s'interrogera ensuite sur la pertinence de l'attribution d'événements extrêmes en tant que science, à la lumière de sa légitimation par les climatologues qui la pratiquent.
  • Jean-Paul Vanderlinden (Université Versailles - Saint Quentin), « Évènement extrêmes, mémoires collectives et individuelles »
    Cette communication est composée de deux parties différentes mais complémentaires :
    • Une première partie présente une analyse de la couverture médiatique de l’hiver 1953-54 et de l’été 2003, en mettant l’accent sur le caractère dynamique, dans le court terme, des déclarations relevant de la causalité, de la morale et des contraintes matérielles.
    • Une seconde partie porte sur l’analyse d’une forme artistique, co-construite par des chercheurs, scientifiques et artistes, et portant sur un évènement pluvieux ayant entraîné des inondations de façon inattendue. Ici nous nous attachons à analyser comment par une série d’associations la mémoire de l’évènement extrême en question conduit les victimes des inondations à envisager les dimensions éthiques et politiques qu’ils associent aux questions de climat d’abord, de nature et d’altérité ensuite.

6 février 2018 : Objectifs de température et scénarios de décarbonation, entre science et politique. After COP 21: Temperature Goal and Decarbonization Pathways : science and policy

  • Oliver Geden (SWP – Berlin), « Negative Emissions and Solar Geoengineering : How the 'brutal math' of the carbon budget starts turning against mainstream environmentalism »
    The main indicators for addressing and potentially 'solving' the climate change problem are global temperature targets and associated carbon budgets. Both indicators helped to establish a 'five minutes to midnight' storyline that enabled a push for conventional mitigation approaches (e.g., renewables, efficiency), giving them a notion of  'inevitability'. But with ever more ambitious temperature targets (since COP21: well below 2°C and 1.5°C) and global emissions that are still not decreasing, the remaining carbon budgets are shrinking rapidly. Now it seems more and more 'inevitable' that the world cannot rely on conventional mitigation only, that it needs to explore negative emissions technologies or even solar geoengineering. This poses a serious challenge for mainstream environmentalism. Will this emerging constellation lead to research and deployment of a new class of 'unwanted' technologies, or - given that solutions are usually chasing problems, not the other way around - will it lead to refined assumptions underlying the quantitative indicators, e.g. by recalculating carbon budgets or by reinterpreting the meaning of temperature targets?
  • Christophe Cassen, Béatrice Cointe, Alain Nadai (CIRED), « Organizing policy-relevant knowledge for climate action : Integrated Assessment Modelling, the IPCC, and the emergence of a collective expertise on socioeconomic emission scenarios »
    La fabrique des futurs : sociologie de la modélisation économique dans le domaine de l’environnement

13 mars 2018 : Agriculture, climat et développement

  • Sebastien Treyer (IDDRI), « Agriculture, Climat et Développement : enjeux, forums et controverses autour des transformations futures des modèles agricoles »
    L'agriculture entre progressivement dans le champ des négociations internationales et des politiques sur le changement climatique. Le défi de l'atténuation du changement climatique dans le secteur agricole repose des questions de transformation radicales de ce secteur, qui rejouent, tout en les décalant, des controverses de longue durée sur les modèles de production agricole. Pour certains acteurs de ces controverses, la négociation climatique est l'occasion de faire exister un débat mondial sur la transformation des modèles de développement agricole, qui était impossible dans d'autres enceintes. Pour d'autres, l'accent mis sur le climat et le carbone, notamment celui du sol, risque de priver un certain nombre de ces controverses d'une dimension systémique (système de production, système alimentaire, système d'innovation) patiemment construite à l'articulation de plusieurs autres forums. Cette intervention s'appuiera sur plusieurs exemples concrets (initiative 4p1000, Global Alliance on Climate Smart Agriculture, CGIAR, notamment) pour donner à voir ces différents déplacements du cadrage, effectifs ou espérés, et proposer des éléments d'analyse des stratégies à l'œuvre.
  • Pierre-Benoît Joly (INRA, LISIS), « Pour une sociologie politique des modèles agricoles globaux »
    S’appuyant sur une analyse socio-historique de la construction des modèles agricoles globaux, cet exposé veut mettre en évidence comment les cadrages des modèles dominants produisent une forme d’objectivation qui conduit à invisibiliser certaines questions essentielles, notamment les différentes possibilités d’évolution de la consommation de protéines animales, la diversité des systèmes de production et la question du travail agricole.
    Cette analyse permettra de discuter de la façon d’utiliser les modèles et les scénarios pour mettre en débat les grandes questions concernant les liens entre agriculture, climat et développement.

10 avril 2018 : L'anthropocène, la Terre et l'histoire

  • Pierre de Jouvancourt (Université Paris 1), « Anthropocène : quelles articulations entre historicité de la Terre et histoires humaines ? »
    Cette communication commencera par revenir sur l’histoire des savoirs de la Terre pour replacer le concept d’Anthropocène dans la continuité de la prise en compte progressive de l’agir humain au sein ces savoirs. Dans un second temps je proposerai de décrire comment les savoirs historiques des SHS sont pris en compte dans les programmes de recherche des sciences du système Terre depuis une quinzaine d'années, en soulignant notamment quels sont les cadrages et quels types de questions y sont posées, ainsi que les controverses et problèmes qui en découlent.
  • Sébastien Dutreuil (CEPERC), « Gaïa contre l'anthropocène ? Enjeux scientifiques et politiques autour de la stabilité et de l'histoire du système Terre dans la seconde moitié du vingtième siècle »
    Je montrerai dans un premier temps que le discours de l'anthropocène de ces dernières années s'ancre dans la constitution d'un nouveau cadre pour les sciences de la Terre ayant émergé à partir des années 1980 : celui des « sciences du système Terre ». Ce cadre a émergé dans le sillage de l'hypothèse Gaïa et de réflexions sur les changements globaux et la stabilité de la Terre. Son ambition était de reconfigurer en profondeur les objets et pratiques des sciences de la Terre et de l'environnement non pas autour d'une nouvelle conception de l'histoire de la Terre, mais autour d'une nouvelle conception de la Terre comme entité. Dans un deuxième temps, je m'appuierai sur cet argument et sur l'analyse du contexte dans lequel ces savoirs se sont constitués pour apporter des éclairages sur les usages politiques respectifs de « Gaïa » et de « l'anthropocène ». Ces deux termes sont tantôt utilisés de manière interchangeables (pour faire référence à la situation environnementale contemporaine) ; tantôt en opposition (Gaïa met à distance les humains quand l'anthropocène les remet au centre) : une histoire détaillée de l'hypothèse Gaïa et des sciences du système Terre dans les années 1970 et 1980 permettra d'éclairer ces usages contemporains.

22 mai 2018 : Le changement climatique et les géographes

La climatologie, qui désigne aujourd’hui le plus souvent la physico-chimie de l’atmosphère, a longtemps été une sous-discipline de la géographie. Avant d’être décrit comme global, le climat était vu comme une caractéristique locale. L’irruption du réchauffement global d’origine humaine, la modélisation du climat et les observations planétaires ont marginalisé les géographes climatologues - certains s’étant d’ailleurs montrés critiques vis-à-vis de l’usage des modèles globaux de climat. Dans cette séance, on s’attachera à retracer l’évolution des rapports entre climat et géographie depuis plusieurs décennies, et à réfléchir à la contribution des géographes à d’autres visions du changement climatique.

  • Claude Kergomard (ENS), « L’évolution de la climatologie et les relations des géographes climatologues au changement climatique anthropogénique »
  • Magali Reghezza (ENS), « À la croisée des menaces : de la convergence entre les champs de la prévention des désastres et du changement climatique »
    Si la prévention des catastrophes naturelles et la gestion des risques partagent de nombreux concepts et de nombreux outils avec le changement climatique, ces deux champs se constituent et se structurent paradoxalement en s’ignorant très largement. Les référentiels internationaux de gestion et les politiques mises en œuvre fonctionnent d’ailleurs très souvent en silo. On observe cependant une convergence des champs scientifiques qui conduit chacun à clarifier les notions utilisées et à repenser les échelles de temps et d’espaces auxquelles les différents acteurs raisonnent. Cette convergence est bien plus difficile, quoi que des plus en plus recherchée dans la sphère opérationnelle. On s’appuiera ici sur les résultats de différentes recherches menées depuis 2010 dans le contexte particulier de la France et de la métropole parisienne.

12 juin 2018 : Pollutions atmosphériques et effet de serre : synergies et contradictions

  • Nicolas Sergent (CAK), « L'impact majeur du carbone-suie en région Arctique, une opportunité d'intégration des co-bénéfices pour le climat et la qualité de l'air »
  • Thomas Kerting (Airpublica, Les Respirations), « Associer Air et Climat : une clé de mobilisation pour les politiques climatiques »
    L’humanité est aujourd’hui concentrée dans des mégapoles toujours plus vastes et toujours plus asphyxiées. Plus de deux tiers de la population mondiale vivra en ville en 2050. Dans ces conditions, la qualité de l’air doit désormais être envisagée comme la nouvelle infrastructure urbaine. La construire c'est servir le climat en plus d'une opportunité socio-économique unique en pesant rapidement autant que l'eau, l'énergie ou les déchets. De plus, reconnecter les populations aux enjeux globaux passe par l'air respiré localement et devient ainsi un enjeu politique majeur. La qualité de l'air apparaît comme le socle bien tangible de la transformation attendue.

Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel/bimensuel semestriel (8x3 h = 24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire des sciences

Intitulés généraux :

Renseignements :

par courriel.

Adresse(s) électronique(s) de contact : helene.guillemot(at)cnrs.fr, amy.dahan(at)cnrs.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 23 janvier 2018.

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