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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

L’enquête et ses graphies : figurations iconographiques d'après société

  • Manuel Boutet, maître de conférences à l'Université de Nice Sophia-Antipolis ( Hors EHESS )
  • Manon Denoun, doctorante à l'EHESS ( IIAC-LAIOS )
  • Katrin Langewiesche, chercheuse à l'Institut für Ethnologie und Afrikastudien, Johannes Gutenberg Universität (Allemagne) ( Hors EHESS )
  • Jean-Bernard Ouédraogo, directeur d'études de l'EHESS, directeur de recherche au CNRS (TH) ( IIAC-LAIOS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Arghyro Paouri, responsable de la cellule audiovisuelle du IIAC ( Hors EHESS ) ( IIAC-CEM )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e mardi du mois de 15 h à 17 h (salle 9, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 14 novembre 2017 au 12 juin 2018

Le travail d’interrogation du monde social pose toujours au chercheur la question de la transcription des données et des résultats obtenus. Les modèles canoniques privilégient l’usage de l’écriture orthographique et relèguent souvent les formes d’écritures iconographiques dans la perception sensible, l’allusif et le flou symbolique, à l’extrême opposé de la rigueur démonstrative et argumentative de l’écriture. Le recours à l‘image dans la recherche se fait alors sur un mode passif de collecte de données, de constitution de corpus. Suivant cette perspective, l’interprétation de la réalité sociale ne pourrait être exprimée que par le texte, et l’image (photographique ou filmique) ne serait qu’une preuve d’authenticité ou une illustration destinée à occuper l’œil ; elle est alors une « image-alibi ». On fait comme si le langage iconographique était inapte à la catégorisation, au classement et à la déduction analytique. Or l’image, confinée au domaine expressif et métaphorique, n’est ni identique ni opposée à l’écriture orthographique. Elle participe à la représentation, à l’interprétation et à la transmission savante du monde social ; elle contribue à la déconstruction et à la re-construction de la réalité sociale. Dans le processus de production et de diffusion des connaissances en sciences sociales, le moment de l’enquête, en particulier, est une situation de transcription idéale pour examiner le passage d’un ordre de fait à un autre et pour retracer sa fonction dans le projet scientifique. La complexification technique (informatique, internet) des modes de figurations et des formes d’exposition iconographiques s’invite aux débats.

Le séminaire interrogera les modalités d’implication de l’image dans la fabrication, la transformation et la figuration iconographique des données issues de l’enquête de terrain. L'étude du choix d’une forme de transcription des données, d’une graphie particulière, permet d’étudier le potentiel performatif de chacune et, lorsqu’il se porte sur l’usage de l’image, de statuer sur leur saisie suivant les règles propres aux langages iconographiques. Comment l’esthétique, le style, interviennent-ils dans la pertinence des images ? Comment, au cours de l’opération d’investigation, la forme iconographique impose-t-elle une signification ? De quelle façon peut-on envisager les modalités d’une transcription de concepts en images ? On posera ainsi non seulement le problème de l’expression et de la figuration de réalités complexes, mais aussi de l’interprétation, de la transmission et de la réception de ces produits iconographiques. Nous développerons cette réflexion à partir d'images élaborées sur des terrains concrets. Cette année nous conduirons un atelier ethnographique. Ce recours au concret (terrains, films) est une excellente occasion pour confronter la démonstration iconographique, ainsi que le dispositif technique qui la sous-tend, à la profusion des signes offerts par le monde sensible. En reconstituant le périmètre de l’intention figurative du chercheur le statut des signes marginalisés, des rebuts, dans l’espace retenu sera directement posé.

14 novembre 2017 : Gaëlle Lacaze (ethnologue, professeure à l'Université Paris-Sorbonne), « L’image : entre matériaux de terrain et notes de bas de page »

L'intervention examinera la façon dont l’image (photographie et/ou film) permet de prolonger l’expérience du terrain, de travailler des « modes mineurs » des interactions observées et de restituer une partie du travail de recherche aux informateurs. Partant d’une réflexion sur l'usage de photographies, Gaëlle Lacaze a progressivement ouvert sa pratique visuelle vers le film. Elle reviendra, durant cette séance, sur les raisons d'une telle orientation et de l'apport du film au travail ethnographique.

Gaëlle Lacaze est l'auteure notamment de quatre documentaires et d'une base de données.
 
12 décembre 2017 : Jean-Marie Fadier, « Images non classés, le cas des Argentypes »

À l'heure ou nous parlons d'images en terme de flux, de nombre de « clics » ou de « likes », les problématiques de point de vue, de référent, d'indices... semblent déjà faire parti de l'histoire ancienne.  L'Argentype est au cœur de la problématique que pose ses images dites « mutantes » issues des nouvelles pratiques numérique. J'essaierai donc, avec mes modestes moyens d'artiste, de partager avec l'auditoire mon regard sur l'image, mes outils et partis pris de photographe. Relever pourquoi l'utilisation de la photo-graphie en tant que médium et l'Argentype en particulier c'est imposé comme un moyen pertinent pour exprimer la complexité de notre époque.

Artiste Photo-graphe né en 1958 à Paris, Jean-Marie Fadier débute la pratique de la photographie en même tant que celle de la musique au milieu des années soixante dix. Musicien Cabrettaïre, il accède au titre de Maître sonneur en 1980. En 1983, il débute sa carrière de photographe professionnel au cinéma en tant que second assistant de Rénato Berta, puis directeur de la photographie et réalisateur. Il est formé à la tradition argentique et diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure, Louis Lumière en 1986. En 2000, à la recherche d’une simplicité retrouvé, il abandonne radicalement tout appareil de prise de vue et met aux point les procédés de création de ses « argentypes ». À partir de 2008, les travaux de Jean-Marie Fadier sont régulièrement présentés en France et à l’étranger. En 2012, un documentaire intitulé Les argentypes de Jean-Marie Fadier lui est consacré. (Site web de Jean-Marie Fadier : www.argentype.fr

9 janvier 2018 : Pierre Déléage, « Lettres mortes. Essai d’anthropologie inversée »

En étudiant les conceptions amérindiennes de l’écriture occidentale, fragmentées et disséminées dans les arts graphiques, les mythes, les discours des chefs et les rituels des chamanes et des messies, on voudrait établir les coordonnées d’une anthropologie inversée, par laquelle ce serait cette fois les colons et leur culture qui seraient pris comme objets de pensée. Un tel projet met nécessairement au jour les conditions épistémologiques et politiques de toute enquête anthropologique, faisant ressortir la violence, symbolique et réelle, qui a donné dans les sociétés amérindiennes forme et valeur à la notion d’écriture.

Pierre Déléage est anthropologue. Auteur de plusieurs livres, il a successivement étudié la transmission des savoirs oraux, l’invention de l’écriture et les processus d’objectivation scientifique. Son dernier ouvrage, La folie arctique, est paru en 2017 aux éditions Zones sensibles.

13 février : Yolaine Escande, « Comment décrire un paysage sans l’écrire ? Images vues et non vues du paysage chinois »

La question de la définition de ce qu’est un « paysage » – quelle que soit la culture ou le lieu – est fondée sur des matériaux écrits, des textes, et construite en l’absence d’images. Pourtant le regard y joue un rôle essentiel. Au point que même les images des paysages sont conditionnées par cette conception. La séance s’interrogera sur cette contradiction, en particulier au sujet de la description et de la définition du paysage chinois, qui ne peut se limiter à l’étude de textes, le paysage constituant en Chine une véritable « culture », qualifiée de « culture des montagnes et eaux ».

Yolaine Escande est directrice de recherche au CNRS, membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL, EHESS) et membre associé du Centre d’études de la Chine moderne et contemporaine (CECMC, EHESS), spécialiste de la pratique et de la théorie des arts graphiques chinois, calligraphie et peinture. Elle a traduit du chinois en français des traités fondamentaux de la théorie de l’art chinois sur la calligraphie et la peinture (Notes sur ce que j’ai vu et entendu en peinture 1994, Traités chinois de peinture et de calligraphie (des Han aux Sui), vol. 1, 2003, (les Tang et les Cinq Dynasties), vol. 2, 2010) et a analysé et présenté leurs principes esthétiques (L’Art en Chine, 2001, Montagnes et eaux. La culture du shanshui, 2005 ; Jardins de sagesse en Chine et au Japon, 2013 ; en collaboration avec J.-N. Bret, Le Paysage, entre art et nature, PUR, 2017).

Mots-clés : Anthropologie visuelle,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

  • Jean-Bernard Ouédraogo- Sociologie de l’Afrique contemporaine : savoirs, violences et arts
  • Centre : IIAC-LAIOS - Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales

    Renseignements :

    courte note d'intention accompagnée d’un court cv à envoyer à arghyro.paouri(at)cnrs.fr jusqu'au 10 janvier 2018. Atelier ouvert aux étudiants de master et doctorants disposant d’une caméra vidéo et ayant une bonne connaissance de l’environnement numérique. 

    Adresse(s) électronique(s) de contact : jean-bernard.ouedraogo(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 février 2018.

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