Logo EHESS

baobab
Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Enjeux de modernité. Villes, architecture, urbanisme, urbanité

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e mercredis du mois de 19 h à 21 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2017 au 6 juin 2018

Dans ce séminaire nous poursuivrons nos travaux de l’année 2016-2017 sur les modes d’intervention des architectes et urbanistes dans le domaine public à partir de leurs visions d’histoire, de société et d’espace, pour approfondir sur les enjeux de modernité depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours. L’histoire de l’architecture moderne est marquée par une tension permanente entre modernité, rupture et continuité. Or depuis la « Querelle des Anciens et des Modernes » la notion de « modernité » fait l’objet de débat : elle désigne soit l’état d’une société (sa situation nouvelle), soit une libération (la négation de la tradition), soit un épouvantail (un risque pour le futur). Avec Baudelaire la question de la nature du « moderne » a décidément franchi le domaine de l’art pour devenir un jugement critique sur ce qui est déjà-là et sur ce que le futur réserve. Depuis, diverses approches de philosophes, sociologues, historiens, politologues, architectes signent les interrogations et les apories de la pensée, européenne d’abord, sur l’avenir de la civilisation et de l’homme.

La modernité en architecture, comme dans l’art et la littérature, représente une perspective novatrice opposée à l’historicisme ; pourtant elle n’exclut pas par principe des formes plus conventionnelles, nostalgiques, ambigues ou « chaotiques » (régionalisme critique vs Junkspace). Comment la notion de modernité se distingue-t-elle alors de la modernisation, qui opère dans le champ technique et social ? Dans quelle mesure des approches théoriques, des projets, des visions et des propositions de modes de vie, de formes et de techniques pour imaginer des « établissements humains » nouveaux sont-ils des enjeux de « modernité », autrement dit des expressions de crise de l’espace et dans l’espace , des sociétés et de la civilisation ? Dans les différentes doctrines et réflexions sur la ville, l’architecture, l’urbanisme et l’ « urbanité » s’agit-il d’établir de nouvelles rationalités de production et de formation de l’espace ? De fuites en avant ou de dessins (et desseins) nostalgiques ? Dans quelle mesure les tentatives de conceptualisation ou de réalisation d’espaces s’inscrivent-elles dans le couple infernal de « rupture et continuité » ? Comment les innovations de la technique architecturale et urbaine dialoguent-elles avec les grands tournants des révolutions idéologiques et industrielles dans les métropoles contemporaines ? C’est à partir de cette problématique que nous nous interrogerons à propos des visions de ville, d’architecture et d’ubanisme sur ce que signifie projet innovant et projet regressif.

15 novembre 2017 : Yannis Tsiomis/Marilisa Mitsou (EHESS), Introduction à la thématique

6 décembre 2017 : Guy Burgel (Paris X Nanterre), « Grand Paris : les illusions perdues d’une modernite politique »

Depuis maintenant dix ans, les nouvelles péripéties du Grand Paris paraissent jouer l’illustration de l’invention difficile des rapports entre métropolisation, globalisation et démocratie locale. Une triple faillite marque cet avènement jusqu’ici raté.

La faillite politique : la disqualification précoce ou volontaire des acteurs les plus légitimes remet en selle les baronnies des élus locaux au détriment d’une vision unitaire et centralisée de la métropole : dès 2010, l’Etat est fragilisé (Christian Blanc, éphémère secrétaire d’Etat au développement de la région capitale, la majorité présidentielle défaite aux élections régionales de 2010) ; le maire de Paris, Bertrand Delanoë, sonné par son échec pour les jeux Olympiques de 2012 est empêtré dans ses repentances à l’égard de la banlieue ; ils laissent le champ libre à des ambitions spatiales segmentées (Claude Bartolone, Patrick Braouezec).

La faillite institutionnelle et territoriale : la loi du 1er janvier 2016 sanctionne cet échec d’ambition : la réunion de Paris et des trois départements de petite couronne ne correspond, ni à l’extension de l’agglomération métropolitaine, ni évidemment à l’aire d’influence de la capitale ; le découpage interne de ce périmètre inconséquent en 12 territoires enlève au surplus toute pertinence au projet politique affiché.

La faillite stratégique : de façon significative, au lieu d’afficher une réponse aux défis urbains contemporains (la compétitivité économique, l’équité sociale, l’amélioration de la vie quotidienne, la sauvegarde de l’environnement), il ne reste pour le grand public qu’un réseau de transports en construction, chaque fois menacé d’amputations budgétaires.

À y bien regarder, on peut se demander si cette chronique d’un fiasco programmé ne vient pas d’une infidélité au patrimoine génétique de la capitale : Paris est lié dès l’origine à l’exercice d’un pouvoir politique fort, et pas disloqué, son territoire se constitue par dilatation d’un principe de centralité unique, il n’a que faire d’un discours passe-partout sur la gouvernance et le polycentrisme fonctionnel.

20 décembre 2017 : Melania Nucifora (EHESS), « Le conflit entre développement et sauvegarde du patrimoine culturel en Italie pendant les Trente Glorieuses. Le cas de Syracuse (1945-1976) »

17 janvier 2018 : Alain Schnapp (Paris I Sorbonne), « “Fiat mundi confusa ruina” : les ruines du monde et les ruines des villes de l’Orient ancien aux Lumières »

7 février 2018 : Panayotis Tournikiotis (École Polytechnique, Athènes), « Concert pour Renzo Piano à Athènes : les échéances de la modernité »

Panayotis Tournikiotis a étudié l’architecture et l’urbanisme à Athènes et à Paris. Sa recherche est liée à l’histoire et la théorie de l’architecture aux XIXe et XXe siècles. Il a publié une monographie sur l’architecte viennois Adolf Loos (Paris 1991), un essai sur l’historiographie de l’architecture moderne (Cambridge, Mass. 1999) et un recueil d’essais sur l’architecture contemporaine (Athènes, 2006). Il a aussi traduit en grec Vers une architecture de Le Corbusier (2004), il a dirigé l’exposition et l’ouvrage Deux voyages à Le Corbusier (en grec, 2005) et il a publié La diagonale de Le Corbusier (en grec, 2010). Sa recherche corbuséenne récente porte sur les collaborations et les relations de Le Corbusier avec la Grèce. Panayotis Tournikiotis enseigne la théorie de l’architecture à l’École d’architecture de l’Université Nationale Technique d’Athènes. Depuis 2010 il travaille sur un plan stratégique pour la restructuration du centre d’Athènes et la mise en réseau des grandes interventions urbaines.

Références bibliographiques

  • Lia Piano (ed.), Renzo Piano, Athens, Stavros Niarchos Foundation Cultural Center, Genova, Fondazione Renzo Piano, 2016
  • George Candilis, « Athènes problème d’une ville », L’architecture d’aujourd’hui 132, 1967, pp. 44-47.
  • Leon Krier, “A Proposal for the Motorway. Plan for the Athens-Piraeus Motorway Interchange; Una proposta per l’autostrada. Progetto per il nodo autostradale Atene-Pireo;” Lotus 31, 1981, pp-78-79.

21 février 2018 : Donatella Calabi (Université IUAV de Venise), « Les enjeux de la modernité a Venise: le Fondaco dei Tedeschi entre réhabilitation, conservation et commercialisation »

7 mars 2018 : Yannis Tsiomis (EHESS), « Fondation d’Athènes néoclassique et enjeux de modernité », à partir de son ouvrage Athènes à soi-même étrangère. Naissance d’une capitale néoclassique (Parenthèses, 2017).

21 mars 2018 : Dominique Rouillard (ENSAPM), « Utopies et contre utopies urbaines des années 1950 à nos jours »

Les technologies des nouvelles mobilités communicantes transforment la vie urbaine. Parallèlement, la société des échanges et du partage, de l’e-commerce, du durable et de l’économie circulaire, modifie les comportements et habitus, tout comme les grands magasins ont restructuré la vie bourgeoise. Ces trois déterminations – nouvelles technologies, nouvelles mobilités, époque du partage – reformulent tant les programmes et organisations spatiales que les catégories et paradigmes, oppositions traditionnelles qui structurent l’espace de l’architecte.

Au cœur des enjeux environnementaux et planétaires, on considère une « utopie immédiate », éloignée autant des utopies apocalyptiques et prophétiques de la fin des déplacements, ou celle régressive de la ville marchable, que des projets recyclant les visions progressistes d’un temps qui n’est plus, ou d’une prospective sans cesse en échec.

La question posée par l’arrivée des véhicules écologiques et communicants est aussi sociétale : s’ils arrivent, comment transforment-ils la ville et l’architecture, et inversement comment sont-ils accueillis ?

Il est finalement assez rare que l’on vive en temps réel un phénomène socio-technique de ce type qui vient changer notre mode de conception de l’urbain. On s’intéresse aux transformations actuelles de l’architecture par l’apparition de nouveaux programmes et de nouveaux modes de vie, dans leurs liaisons immédiates aux innovations technologiques.

Dominique Rouillard est architecte dplg, docteur en histoire et théorie de l’art (EHESS), professeure HDR à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais où elle dirige le Laboratoire infrastructure architecture territoire (LIAT). Elle est membre fondateur de l’agence Architecture Action où elle est en charge de projets d’urbanisme liés à la qualité et à la préservation de l’architecture et des espaces publics.

Dominique Rouillard est l’auteure de nombreuses publications interrogeant l’histoire et la genèse des constructions et représentations de l’architecture et de la ville modernes et contemporaines, articulant les notions de site, monument, mémoire et patrimoine, utopie et contre-utopie. Ses recherches portent aujourd’hui sur la production des projets à l’ère de la métropole post-carbone et des espaces partagés de la biodiversité. Elle a notamment publié Superarchitecture. Le futur de l’architecture 1950-1970 (2004) et avec Alain Guiheux, Door-to-door. Futur du véhicule, futur urbain (déc. 2015). Elle vient d’éditer chez Metis Presses l’ouvrage Politiques des infrastructures. Persistance, effacement, disparition.

4 avril 2018 : Marilisa Mitsou (EHESS), « Entre néoclassicisme et modernité : Athènes au tournant du XXe siècle »

2 mai 2018 : Cristiana Mazzoni (ENSA Strasbourg), « Modernité et résilience de l’infrastructure ferroviaire : de l’Europe industrielle du 19e siècle à la Chine contemporaine du XXIe siècle (I) »

16 mai 2018 : Daniel Payot (Université Marc Bloch, Strasbourg), « Ethique et esthetique de l’homme métropolitain : le tournant du XXe siècle »

6 juin 2018 : Cristiana Mazzoni (ENSA Strasbourg), « Modernité et résilience de l’infrastructure ferroviaire : de l’Europe industrielle du 19e siècle à la Chine contemporaine du XXIe siècle (II) »

Aires culturelles : Europe, Méditerranéens (mondes),

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde méditerranéen

Intitulés généraux :

  • Marie-Élisabeth Mitsou- Histoire culturelle de la Grèce moderne (1800-1940) : identités, codifications de la mémoire, transferts culturels
  • Yannis Tsiomis- Études sur la société grecque moderne et contemporaine
  • Renseignements :

    contacter les enseignants par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    sur rendez-vous.

    Réception :

    contacter Marie-Élisabeth Mitsou par courriel.

    Site web : https://www.ehess.fr/fr/master-territoires-espaces-soci%C3%A9t%C3%A9s

    Site web : https://www.ehess.fr/fr/master-arts-et-langages

    Adresse(s) électronique(s) de contact : marie-elisabeth.mitsou(at)ehess.fr, yannis.tsiomis(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 20 mars 2018.

    Contact : service des enseignements ✉ sg12@ehess.fr ☎ 01 49 54 23 17 ou 01 49 54 23 28
    Réalisation : Direction des Systèmes d'Information
    [Accès réservé]