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Théories et méthodes de l'archéologie. Archéologie et sciences sociales

  • Philippe Boissinot, directeur d'études de l'EHESS (TH) ( TRACES )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 14 h à 17 h (Université Toulouse Jean-Jaurès, 5 Allée Antonio Machado, 31000 Toulouse), du 2 novembre 2017 au 7 décembre 2017

Ce séminaire aborde et discute les différentes théories de l'archéologie, en relation avec les autres sciences sociales. Les méthodes sont envisagées dans la mesure où elle renseignent ce dispositif spécifique qui relie des questions à la fois ontologiques, épistémologiques et sémantiques. Les thèmes traités sont les suivants  : les faits, la preuve, l'agrégat et l'environnement, les liens entre la trace, les images et les textes, la question de la mesure, la formalisation des données archéolgiques.

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Archéologie

Intitulés généraux :

  • Philippe Boissinot- Archéologies, épistémologie et sciences sociales
  • Renseignements :

    contacter Philippe Boissinot par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    sur rendez-vous uniquement, le mardi, de 14 h à 17 h, bureau F307, MDR UT2J, 5 allée Antonio-Machado 31000 Toulouse.

    Réception :

    sur rendez-vous uniquement, le mardi, de 14 h à 17 h, bureau F307, MDR UT2J, 5 allée Antonio-Machado 31000 Toulouse.

    Niveau requis :

    licence archéologie, anthropologie ou philosophie.

    Site web : http://traces.univ-tlse2.fr/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : philippe.boissinot(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Dans le cadre de mon séminaire personnel, je propose aux participants une introduction aux questions théoriques de l’archéologie. Cet aspect ne va pas de soi, surtout dans le monde académique français (et en dépit des travaux de nos anciens collègues Paul Courbin et Jean-Claude Gardin), peu enclin à traiter de ces questions : l’archéologie serait finalement devenue une discipline « performante », bénéficiant des progrès de la technoscience, et mise en œuvre par des acteurs qui se définissent plutôt (et en France plus particulièrement) comme des « artisans » que comme des « intellectuels ». On ne peut évidemment souscrire à une telle définition, tant il va de soi que des procédures de pensée sont mises en œuvre dans chaque interprétation et que la construction des faits archéologiques mobilise des types d’argumentation que l’on trouve sous d’autres formes dans plusieurs domaines des SHS, lesquels ne rejettent en rien le qualificatif de « théorique ». Pour y voir plus clair, j’avais proposé (Qu’est-ce qu’un fait archéologique ? Paris, 2015) une utile distinction entre des aspects ontologiques, épistémiques et sémantiques, qui ne peuvent cependant être envisagés selon une franche coupure. L’objet principal et le plus général de l’archéologie est un agrégat d’un type particulier, puisqu’il comporte un artefact comme une de ses parties, et non pas comme simple constituant : cet aspect le rend vraiment différent des assemblages définis par diverses disciplines comme la géomorphologie ou la pédologie. Nous avons précisément traité cette année de la question des écofacts/biofacts, notion introduite par nos collègues canadiens, et qui n’est pas vraiment le symétrique « naturel » de nos artefacts. Le statut ontologique du sédiment a également été envisagé, celui-ci n’étant pas qu’un terme de masse, car possédant une propriété relationnelle essentielle à la définition des agrégats. Il nous a paru alors utile, à propos de chaque entité ontologique, de distinguer entre des caractères opératoires (dans le champ de l’archéologie) et d’autres caractéristiques qui pourraient paraître plus proches de la réalité physique. Ainsi en est-il de la datation au radiocarbone, qui donne à un écofact une propriété supplémentaire (en plus d’être noir ou rugueux par exemple), à savoir celle d’être daté dans un intervalle de temps avec une certaine probabilité, plutôt que d’être le résultat d’un processus de désintégration atomique (lequel n’intéresse pas, comme processus, l’archéologue au premier chef).
    La difficulté de concevoir une archéologie générale est surtout manifeste pour les périodes historiques où d’autres formes de savoir sont légitimement mobilisées (des textes et des images pour l’essentiel, quand ce ne sont pas des témoignages oraux), problème qui ne se pose évidemment pas pour la préhistoire, par définition. Ce « conflit épistémique » est particulièrement saillant dans le domaine des études du bâti, parfois improprement appelé « archéologie du bâti », et cela selon une démarche qui voudrait qualifier d’archéologique toute référence à des produits fabriqués par l’homme. Nous avons déjà dit toute l’ambiguïté d’une telle définition qui sélectionnerait la situation épistémique la plus défavorable (mais avec les observateurs les plus attentifs, certes) comme l’assiette à une série d’investigations sur des entités, toutes du même registre (les artefacts).
    J’appelle « situation archéologique » l’ensemble des procédures matérielles et intellectuelles mises en œuvre lors du démontage de l’agrégat, sans tenir compte d’une quelconque détermination qui leur serait préalable, et cela par l’intermédiaire d’une observation directe ou d’un témoignage. Si je vois mon chien Pluto enfouir son os au bout du jardin, et que plus tard je me livre à la fouille du trou qu’il a creusé en y (re)trouvant un os (en admettant que je ne me trompe point d’endroit), il serait incorrect de dire que j’ai fait la « preuve archéologique » que mon chien Pluto a bien enfoui son butin ici, puisque, en fait, je le savais déjà grâce à l’observation dudit animal. Et, en revanche, si je me plaçais en « situation archéologique », j’aurais simplement démontré que le jardin comporte une fosse contenant un os, sa morphologie pouvant indiquer que son creusement est dû à un animal, plutôt qu’à l’action de quelque instrument fabriqué et utilisé par l’homme. En consultant une encyclopédie des comportements, je ferai l’hypothèse qu’il s’agit d’un chien (car ils le font généralement), sans être certain qu’il s’agit de Pluto, ni dans quelles circonstances il a fait cela. Un esprit tatillon pourrait faire remarquer qu’une analyse ADN de la salive enveloppant l’os, si celle-ci s’était bien conservée, démontrerait qu’il s’agit bien de Pluto, et pas d’un autre chien, mais resterait cependant muette sur les circonstances de l’affaire. Or, dans ce cas, ne faut-il pas déjà connaître le profil ADN de mon Pluto, soit une détermination préalable, avant de conclure ?
    Il n’y a bien sûr aucune bonne raison de se passer de ces déterminations lorsqu’elles existent puisqu’elles permettent de mieux savoir ce qu’il s’est passé ici (dans un agrégat), et donc de contribuer à un meilleur questionnement historique. Cependant, nous voudrions, d’une part éviter d’aboutir à des formulations, sinon absurdes, mais pour le moins problématiques, lorsqu’on attribue à l’archéologie des preuves qu’elle ne peut pas établir ; et d’autre part, mieux comprendre les possibilités épistémiques de la préhistoire, laquelle doit se confronter à un champ des possibles autrement moins borné. Par ailleurs, si « déterminations » il y a d’abord (cas des périodes dites historiques), il est encore possible que celles-ci soient fautives ou incomplètes, la recherche du vrai et de l’exactitude n’étant pas la pratique la mieux partagée du monde.
    Notre enseignement sur les questions théoriques est par ailleurs nourri par des recherches sur le terrain qui sont autant de cas concrets pour leur mise à l’épreuve et leurs prolongements dans des directions préalablement non envisagées. Après avoir été explorée dans le cadre d’une monographie sur le supposé « sanctuaire » celtique de Roquepertuse (Bouches-du-Rhône), la question de l’approche archéologique des rites et de la religion est poursuivie dans l’examen des données anciennes, et surtout, grâce à de nouvelles explorations, dans les abords de la vaste agglomération d’Ensérune (Hérault). Des sondages menés en 2018 ont déjà permis de découvrir plusieurs fragments de crânes humains certainement exposés près du rempart de la cité. Ces travaux contribuent également à une réflexion sur la mise en place de ces méga-agglomérations de la fin de la protohistoire, qui constituent un phénomène nouveau, préalable à la romanisation. À partir de là, nous nous interrogerons sur ce complexe « onto-épistémo-sémantique » construit autour de la notion de ville.
    En octobre 2017, nous avons organisé une journée d’études ayant pour thème « Têtes coupées, têtes gardées » relatives à des rites protohistoriques autour des crânes humains, principalement en Europe occidentale. Elle réunissait des collègues archéologues français, anglais et espagnols, mais également deux spécialistes anthropologues de la chasse aux têtes en Asie du Sud-Est.
    Une deuxième journée d’études devait être organisée au printemps 2018 sur le thème des « Restes, déchets et poubelles », regroupant historiens, sociologues et anthropologues, mais elle a dû être reportée en raison du long blocage de l’université de Toulouse Jean Jaurès où ont lieu tous nos enseignements.

    Publication

    • « L’archéologie et le pari d’une mesure de la culture », Histoire et mesure, XXXV, 1, 2020, p. 15-34.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 juillet 2017.

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