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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

La recherche sur le Moyen Orient et l’Asie du Sud au tournant numérique : modèles, défis et ambiguïtés

  • Rocco Rante, archéologue, Musée du Louvre, Paris ( Hors EHESS )
  • Fabrizio Speziale, directeur d'études de l'EHESS (TH) ( CEIAS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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Jeudi de 13 h à 16 h (salle A06_51, 54 bd Raspail 75006 Paris), les 9 novembre, 7 décembre 2017, 11 janvier, 1er février, 8 mars, 5 avril, 3 mai et 7 juin 2018

Ce séminaire étudie les changements induits par les outils numériques dans les méthodes de penser, de produire et de représenter la recherche dans le domaine des études sur le Moyen Orient et l’Asie du Sud. D’abord, il envisage de réfléchir sur la définition, les contours et les contextes sociaux du nouveau domaine créé à l’intersection des études sur l’Asie et des humanités numériques : un domaine peu homogène qui regroupe des projets issus de différentes disciplines, ainsi que des réseaux d’institutions hétérogènes et de chercheurs basés dans différents pays asiatiques et occidentaux. Il s’interroge sur les spécificités des critères méthodologiques et conceptuels des humanités numériques ainsi que sur les continuités avec la recherche traditionnelle non numérique.

En parallèle, ce séminaire envisage de situer la production de ce type de savoirs dans son contexte politique, social et religieux ; il analyse les limites et les ambiguïtés de certains projets numériques ainsi que les formes de contrôle et de représentation identitaire associées à l’usage de ces outils. Plusieurs institutions de pays asiatiques ont lancé des projets (dont certains ambitieux) visant à numériser et à rendre accessibles différents types de sources, parmi lesquelles des bibliothèques et des départements institués dans ce but qui créent de nouveaux systèmes de contrôle sur les données et sur les sources primaires. Pourtant, les institutions scientifiques ne sont que l’un des acteurs : le phénomène de numérisation et de commercialisation de sources textuelles qui a eu lieu dans plusieurs pays du Moyen Orient, à partir des années 1990, a aussi été lié à des programmes d’institutions politiques et religieuses, ainsi qu’à la création d’entreprises commerciales spécialisées. Dans ce contexte, ce séminaire propose de réfléchir aux modalités selon lesquelles différentes institutions scientifiques, sociales et religieuses se sont emparées des outils numériques afin de contrôler une gamme de phénomènes incluant les définitions identitaires, la diffusion des idées et des doctrines, l’écriture de l’histoire, ainsi que l’appropriation et l’accessibilité aux sources primaires et aux données scientifiques.

Les séances du séminaire présenteront les principaux outils utilisés dans les études historiques, archéologiques, littéraires et sociales sur le Moyen Orient et l’Asie du Sud, à travers une réflexion sur l’histoire des projets numériques dans ce domaine, l’analyse de projets en cours, la lecture de textes et l’intervention de chercheurs et d’ingénieurs impliqués dans des projets de ce type.

Jeudi 9 novembre :

  • Introduction du séminaire
  • Pascal Butterlin (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Mari, la crise syrienne et les humanités numériques, quelques réflexions »

Jeudi 7 décembre :

  • Rocco Rante (Musée du Louvre, Paris), « L’archéologie et les humanités numériques, l’exemple du SIG »
    Comment les humanités numériques interviennent aujourd’hui dans l’univers des études en sciences humaines ? Sur quoi se base ce nouvel approche ? De quelle manière l’archéologie s’approprie de ces outils ? Quels sont, enfin, les espoirs qui reposent sur cette « nouvelles » dynamique ? Quels sont les résultats qui peuvent être observés ?
    Nous essaierons de répondre à ces questions partant d’un cas particulier : les recherches archéologiques dans l’oasis de Boukhara. Pour sa situation géographique, son histoire et surtout par les résultats obtenus pendant la fouille archéologique, ce programme de recherche offre un exemple spécifique montrant l’utilité de l’approche numérique à ce type de recherche. L’utilisation du SIG (Système d’Information Géographique) est le support principal à cette approche à la recherche qui ne pourrait plus être abordée aujourd’hui à travers des pratiques traditionnelles.
  • Fabrizio Speziale (EHESS, CEIAS), « Digital Humanities and Indo-Persian Studies: Perso-Indica »
    Perso-Indica is a long-term project whose aim is to produce a comprehensive survey of Persian works on Indian cultures written in South Asia and the surrounding world between the 12th and the 19th centuries. This project aims at offering a new vision of the history of contacts between Muslim culture and non-Muslim scholarly traditions. The research has been developed from the hypothesis that the production of Persian texts on Indian culture constituted one of the greatest transfers of knowledge to have occurred between different Asian cultures.
    To test this hypothesis, the project adopted a new approach to the study of Persian sources by the creation of Perso-Indica, an online academic publication, based on an electronic survey of Persian sources on Indian learning. This approach enables methods of quantitative analyses of Persian text corpora through the creation of tools for processing textual and prosopographic metadata that produce dynamic indexes of the main entities, contexts and forms of expression. The analytical tools of the online survey - dynamic indexes, graphs and maps - apply an abstract model to the study of the corpus of texts. The model is based on the selection of a group of key entities and features related to the corpus, and enables the cross-referencing, comparison and representation in different forms (graphs, maps) of the range and the evolution of the different entities (sources, authors/translators, contexts, etc.) associated with translation over time.

Jeudi 11 janvier :

  • Gérard Huet (Institut national de recherche en informatique et en automatique, INRIA, Paris), « The Sanskrit Heritage Platform »
    The Sanskrit Heritage Platform (http://sanskrit.inria.fr) offers a number of Web services meant for the assisted processing of classical Sanskrit texts. Its main component is a Sanskrit Reader, that may be used for segmentation and tagging of text at the level of sentences. A graphical user interface allows the user to quickly select the intended segmented text (padapāṭha) over a possibly enormous number of solutions. The segments may be presented as morphological lemmas in a two-level system, accounting for derivative morphology as well as surface inflexion, for nominals as well as verbal forms. They index a choice of lexicons, namely the Heritage Sanskrit to French dictionary and the Monier-Williams Sanskrit to English dictionary. Various sub-services are provided, such as a declension/conjugation tool, and its inverse lemmatizer. A new experimental Corpus Manager allows a community of annotators to develop analysed corpus in a way similar to the Perseus site for Latin and Greek texts, using the Git distribution system for crowd sourcing.
    These tools link with an experimental Sanskrit parser by Pr. Amba Kulkarni at University of Hyderabad, in order to offer dependency parsing (kāraka analysis), up to generation of the dependency graph of the sentence. It is also possible to access the Heritage Reader from the Sanskrit Library digital corpus developed by Peter Scharf. The talk will consist of a demonstration of the various services on typical situations, and of a discussion of its design rationale, its relationship with Paninian methods, and its current short- comings.
  • Christelle Jullien (CNRS, Mondes iranien et indien) - Poupak Rafii Nejad (CNRS, Mondes iranien et indien), « Ctesiphon : Une base de données transdisciplinaire sur le règne du perse Husraw Ier (531-579) ».
    Le programme transdisciplinaire ANR Ctesiphon est un projet de recherche fondamentale qui s’est développé sur une période de 34 mois, depuis janvier 2013 jusqu’au 1er novembre 2015. Ctesiphon est un acronyme pour « Corpus de Textes et de Sources sur l’Iran : Pour une Histoire de l’Orient au VIe siècle ». L’un des enjeux était de réunir de nouvelles données sur le règne du roi perse sassanide Husraw Ier (531-579), qui fut l’un des plus brillants de la dynastie, en mettant en relation, par des perspectives croisées, des sources archéologiques et littéraires inédites ou peu accessibles rassemblées pour la première fois. Pour reconstruire ce règne, et en vue de l’élaboration d’une nouvelle histoire de cette période, ce projet rend donc accessibles 6 corpus différents, en interférence, grâce à la coopération d’une équipe pluridisciplinaire spécialisée. L’un des objectifs était aussi de sauvegarder un patrimoine sigillographique de presque 1 000 sceaux. Le travail de constitution de chaque corpus et d’analyse des matériaux a sous-tendu l’élaboration d’une base de données qui met en synergie des informations interdisciplinaires sur le VIe siècle en Orient.
    Outre l’aspect scientifique du projet et sa finalité, la réalisation de l’outil de recherche a permis un autre type de réflexion et d’ingénierie sur l’articulation entre les données de recherche de natures différentes et le besoin de la mise en place des procédés adéquats du recueil, du traitement et de la structuration de ces données en vue de leur mise en relation. Le principe de cette base de données en libre accès est de centraliser et de mettre en synergie un maximum d’informations sur cette période, en rendant également possible le croisement de plusieurs types de sources d’origine et de nature très variées, de langues différentes, relevant de champs diversifiés (sigillographie, numismatique, informations fournies par les bulles, documentation littéraire en moyen-perse, en syriaque, en grec et en persan) ; leur association nourrit des résultats restés jusqu’ici cloisonnés. Tous les corpus sont reliés entre eux grâce à une sorte de « thesaurus » permettant l’interrogeabilité et l’exploitation des données communes à travers la base de données et via un moteur de recherche multi-critères et multi-lingues sur des thématiques prédéfinies par les acteurs scientifiques du projet : toponymes avec des sous-catégories sectorialisées, patronymes, fonctions administratives et religieuses. Techniquement, ce thesaurus permet de définir les points de connexion item par item entre les différentes bases grâce à un moteur de recherche.

Jeudi 1er février :

  • Alastair Northedge (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Méthodes de prospection à Samarra (Irak) »
    Samarra (836-892 apr. J-C) est un site archéologique inhabituel, étant le plus grand site du monde qui a conservé son plan urbain et même détaillé (58 km²). On n’oublie pas non plus les difficultés provoquées par la situation politique de l’Iraq, qui a influé les méthodes employées. Commençant par les photos aériennes il y a 30 ans, la logique a évolué pour comprendre plusieurs spectres de données, dont chacun a été relevé. Même si tout n’est pas pertinent aux humanités numériques, on a pu publier le relevé des données textuelles, ainsi que cartographiques. La publication de la céramique de surface, qui donne une toute autre vision de l’occupation, viendra d’ici peu, ainsi que l’analyse urbanistique et architectural.
  • Thomas Sagory (Musée Saint Germain-en-Laye) « Cerf-volant, appareil photo et algorithmes​ : les relevés aériens au service de la modélisation 3D des sites archéologiques »
    Si, dans l’imagerie populaire, la truelle et le pinceau figurent parmi les outils incontournables de l’archéologue, que trouve-t-on vraiment dans la besace d’un archéologue du début du XXIe siècle ? Un cerf-volant, une canne à pêche, une gopro et quelques appareils photos équipés d’intervallomètres, un fil à plomb, un mètre, une tablette, un carnet et quelques crayons, sans oublier, au bureau, un ordinateur puissant qui traitent les données en continue via des algorithmes complexes.
    Sommes-nous entrés, sans nous en rendre compte, dans l’ère de la Digital Archaeology ? Les outils numériques sont-il en train de révolutionner le travail de terrain ou bien s’agit-il d’une simple évolution des usages et des métiers ? Nous tenterons de fournir quelques éléments de réflexion en nous appuyant sur différentes études de cas et expérience de terrain.

Jeudi 8 mars :

  • Damien Nouvel (INALCO, ERTIM), « Outils logiciels et problématiques de recherche pour analyser des corpus de textes en langue arabe »

Le traitement automatique des langues (TAL, ou NLP en anglais) a beaucoup progressé ces dernières années, autant du point de vue de la gamme des traitements disponibles que de la variété des langues analysables. De nombreux scientifiques de disciplines SHS l'utilisent aujourd'hui, en particulier les linguistes, mais aussi de plus en plus d'autres domaines dans lesquels les textes sont devenus données numériques qui sollicitent des traitements à la fois productifs et visant à l'objectivité. Parmi les langues pour lesquelles des avancées importantes ont été réalisées, l'arabe est un exemple prototypique, étant parlée par de vastes populations, mais présentant encore des difficultés, depuis son encodage, jusqu'à sa variabilité (dialectes), l'ambiguïté liée à son système d'écriture ou encore le peu d'outils disponibles pour son traitement. La présentation introduira rapidement dans les grandes lignes des outils TAL couramment sollicités en SHS, un panorama de ressources (logiciels et corpus) dédiées à l'arabe, et quelques travaux plus spécifiques, dont la translittération ou la détection et le traitement des dialectes.

  • Appasamy Murugaiyan (EPHE, Mondes iranien et indien), « Base de données d’épigraphie tamoule : objectifs, méthodes et finalités »

Cette présentation vise à mettre en valeur le potentiel et la limite des technologies numériques dans les industries culturelles indiennes et, plus spécifiquement, dans l’industrie et les pratiques du cinéma documentaire. En mettant l’accent sur les productions cinématographiques d’état (de la Films Division de Mumbai et de l’Anthropological Survery of India de Kolkata) et sur la numérisation des images d’archives de ces institutions, on reflètera sur la limite de la ‘préservation’ par le numérique et, par conséquence, sur les nouvelles problématiques de catégorisation d’images que le numérique pose aux institutions d’état.

En outre, on discutera des similitudes et des différences que le cinéma documentaire indien a déjà vécu pendant le tournant vidéo des années 1980s et des nouvelles possibilités que le numérique offre aujourd’hui pour créer des liens entre les industries culturelles.

Jeudi 5 avril :

  • Luigi Tronca (Université de Vérone), « Humanités numériques et relations sociales : un défi pour l’analyse des réseaux sociaux appliquée à l'archéologie »
  • Andrea Acri (EPHE, Mondes iranien et indien), « Numerisation du corpus textuel en vieux javanais et sanskrit de Java et Bali »

Jeudi 3 mai :

  • Alexandre Papas (CNRS, CETOBAC), « Présentation du projet international ATMO (Annotated Turki Manuscripts from the Jarring Collection Online) »
  • Anne Castaing (CNRS, CEIAS) - Claudine Le Blanc (Université Sorbonne nouvelle – Paris 3) - Samuel Tronçon (Résurgences), « Littératures d’Asie du Sud et humanités numériques : le projet DELI de Dictionnaire encyclopédique des littératures de l’Inde »

Jeudi 7 juin :

  • Nourane Ben Azzouna (Université de Strasbourg), « Le manuscrit coranique et les nouvelles technologies : bilan et perspectives »
  • Présentations des étudiants

Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel/bimensuel semestriel (8x3 h = 24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

  • Fabrizio Speziale- Asie du Sud et culture persane (XVIe-XXe siècle). Productions savantes, traductions, interactions
  • Renseignements :

    Fabrizio Speziale, CEIAS, 54 bd Raspail 75006 Paris.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : fabrizio.speziale(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 9 février 2018.

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