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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Le palais, ses académies et ses académiciens (Song du Nord, 960-1127)

  • Christian Lamouroux, directeur d'études de l'EHESS ( CCJ-CECMC )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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Mercredi de 13 h à 16 h (salle A06_51, 54 bd Raspail 75006 Paris), les 15 et 29 novembre, 13 décembre 2017, 17 et 31 janvier, 14 et 28 février, 14 et 28 mars 2018

Depuis plus d’une décennie, plusieurs historiens ont contribué à renouveler l’histoire politique de la dynastie des Song (960-1279) en rassemblant les éléments qui permettent de considérer l’organisation du palais impérial (gongcheng) comme un dispositif institutionnel. La séparation en cour intérieure – la résidence privée de l’empereur – et cour extérieure conditionnait en effet la circulation du souverain et des fonctionnaires de l’administration centrale ainsi que la transmission des documents qu’ils produisaient. Le séminaire aura pour objectif de présenter ce dossier en centrant l’analyse sur les académiciens. Ces lettrés étaient de fait les seuls à fréquenter quotidiennement les deux cours, intérieure et extérieure. On insistera sur les rapports d’autorité inhérents à la géographie du palais et sur la mise en scène de l’exercice du pouvoir impérial en lisant des textes extraits de chroniques, de textes réglementaires et de notes rassemblées par les académiciens.

Aires culturelles : Asie orientale, Chine,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie

Intitulés généraux :

  • Christian Lamouroux- Territoire et savoirs en Chine : la formation de l’État prémoderne
  • Renseignements :

    envoi des dossiers à Christian Lamouroux, Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine, 54 bd Raspail 75006 Paris.

    Direction de travaux d'étudiants :

    pour une inscription en thèse, un projet de recherche écrit détaillé sera demandé aux étudiants. Pour une inscription en master, une lettre de motivation sera demandée aux étudiants. Direction des travaux sur rendez-vous.

    Réception :

    sur rendez-vous pris auprès du secrétariat du CECMC (Christian Lamouroux), tél. : 01 49 54 20 90 ou directement par messagerie électronique.

    Niveau requis :

    connaissance de base du chinois indispensable.

    Site web : http://cecmc.ehess.fr/index.php?2416

    Adresse(s) électronique(s) de contact : lamourou(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Le séminaire a été consacré à l’étude d’une institution majeure du palais des Song, l’académie Hanlin. On a vu là le moyen d’introduire le dossier documenté depuis plus d’une décennie par plusieurs historiens qui considèrent comme un dispositif institutionnel la division de la cité impériale (gongcheng) en cour intérieure nei – la résidence privée de l’empereur – et cour extérieure wai. Cette configuration conditionnait la circulation du souverain et des fonctionnaires de l’administration centrale ainsi que celle des documents qu’ils produisaient, or les académiciens bénéficiaient du privilège de fréquenter quotidiennement les deux cours, intérieure et extérieure.
    Nous avons d’abord rappelé l’origine des académiciens Hanlin au VIIIe siècle et la mémoire que les lettrés Song conservaient de leurs pratiques sous les Tang. Plusieurs textes, dont le Xu Hanlin zhi de Su Yijian (958-996), précisent le contenu de l’héritage que les lettrés revendiquent : il s’agit de reprendre non seulement les modèles des Tang – la proximité physique avec l’empereur, l’appartenance au cercle des institutions directement rattachées au souverain, la position éminente des académiciens lors des audiences et de leur doyen au sein de la suite —, mais aussi ceux des Cinq dynasties dont il retient un recrutement fondé sur des examens et donc le mérite. La compilation de ce texte présenté à Taizong (règne 976-997) en 991 constitue le premier acte d’une véritable offensive de Su. Sa biographie dans le Songshi éclaire sa stratégie : après la rupture de l’empereur avec les principaux chefs de son armée à la suite de défaites militaires, Su, qui semble conscient de la volonté du souverain de renforcer le prestige de sa cour, entend faire de l’installation de l’académie en 991 un événement central, affichant la solidité de la nouvelle alliance entre l’empereur et ses académiciens, ce que célèbrent plusieurs des poèmes rédigés à l’occasion de la cérémonie.
    À partir de textes plus tardifs, nous avons examiné les compétences de ces académiciens du Hanlin qui servent de secrétaires et de conseillers et précisé les règles de leur service qui, depuis les Tang, comprenait une permanence et des astreintes de nuit. On a ensuite analysé le protocole très strict de composition des décrets, depuis la convocation de l’académicien au palais en soirée jusqu’au « huis-clos » (suoyuan) qui lui est imposé le temps de la rédaction durant la nuit. On s’est alors interrogé sur l’importance du secret dans la formation d’un nouvel espace politique entre la fin du Xe siècle et les années 1040. L’hypothèse suggérée par les procédures est que le contrôle de la transmission des ordres confidentiels dépendait de trois types de délégation de la parole impériale : chacune de ces délégations variait en fonction de la nature des ordres, en obligeant les agents à activer une chaîne hiérarchique le long de laquelle le rapport entre oral et écrit était différent. On a donc abordé l’histoire du dépôt de la parole impériale – « porte-parole » (daiyan) est une autre désignation des académiciens – en prenant appui sur plusieurs textes qui tous évoquent des archives des Cinq dynasties. Il en ressort que se mettent en place au cours de la première moitié du Xe siècle deux circuits de transmissions des décisions impériales : le circuit de l’administration et celui du palais, contrôlé par des hommes de confiance au sein du secrétariat aux Affaires stratégiques (shumiyuan) qui détenait le monopole de la parole impériale. En limitant les compétences de ce secrétariat pour consolider leur pouvoir, Song Taizong et ses successeurs offrirent un espace politique propre à un nouveau type de conseillers capables de participer aux choix et prises de décision les plus confidentiels de l’empereur, tout en en assurant la formalisation et la transmission. On a ensuite élargi la perspective en passant en revue d’autres dispositifs et d’autres conseillers, de façon à mettre en évidence la constitution d’un véritable corps de lettrés-académiciens. Ceux-ci étaient présents dans la bibliothèque impériale et les Trois instituts de la Vénération de la littérature ou, à partir du règne de Zhenzong (r. 997-1022), le fils de Taizong, dans les pavillons qui conservaient les « trésors » des empereurs. S’y ajoutèrent encore les Lecteurs (shidu) et Orateurs (shijiang) impériaux, en charge des « sessions sur les Classiques » (jingyan) destinées à l’éducation du jeune Renzong (1022-1063) durant la première régence de la dynastie. Tous étaient proches de l’empereur et échappaient de fait au contrôle du gouvernement, une proximité dont ils s’enorgueillissaient comme le révèlent plusieurs anecdotes évoquant le registre des confidences échangées avec le souverain entre les années 990 et la fin du XIIe siècle.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 septembre 2017.

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