Logo EHESS

baobab
Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

  • Accueil
  • 2017-2018
  • Enseignements
  • Filmer le champ social : le film comme lieu des possibles. Cinéma documentaire et pratiques réflexives en sciences sociales

Filmer le champ social : le film comme lieu des possibles. Cinéma documentaire et pratiques réflexives en sciences sociales

  • Daniel Friedmann, chargé de recherche au CNRS (*) ( IIAC-CEM )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Monique Peyrière, ingénieure d'études à l'Université d'Évry-val-d'Essonne ( IIAC-CEM )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e mercredi du mois de 15 h à 18 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2017 au 20 juin 2018. La séance du 20 décembre se déroulera en salle 11 (même horaire, même adresse). La séance du 16 mai est reportée au 23 mai et se déroulera dans l'amphithéâtre Furet (même horaire, même adresse)

« Comment te débrouilles-tu avec la vie » ? Telle était la question autrefois posée par Flaherty à Nanook dans les années 20, reprise en 1960 sur le tournage du film de Jean Rouch et Edgar Morin Chronique d’un été. Bien connus des chercheurs en sciences sociales, ces films pointent ce vers quoi le séminaire  souhaite inscrire ses réflexions sur le contemporain : le film comme une proposition capable d’accueillir, de décrire, de critiquer, de réfléchir l’espace commun de nos manières de vivre.

Le film exhibe ce que le texte sociologique tend à refouler, le visage et le corps du sujet pensant. Pour Gilles Deleuze « Ce qui fait partie du film c’est de s’intéresser aux gens plus qu’au film, aux « problèmes humains » plus qu’aux « problèmes de mise en scène », pour que les gens ne passent pas du côté de la caméra sans que la caméra ne soit passée du côté des gens ». Un nombre croissant de cinéastes, d’artistes procèdent ainsi au sein de collectifs qui décident d’agir en immersion dans des territoires. Est-ce une nécessité de se rapprocher d’un réel démantelé et fracturé, de trouver une manière de s’y inscrire ? Comment se pensent aujourd’hui ces gestes d’engagement ? De quelles critiques du vivre le film peut-il se révéler l'enjeu ? Comment se négocient les temporalités du récit « avec » les filmés ? Que cherche t-on, ensemble ?

Au cours de l’année 2017-2018, le séminaire invitera ces cinéastes et filmés pour lesquels « faire du cinéma » dans des environnements conflictuels c'est parfois faire le choix de ce que Deleuze nomme « la fonction fabulatrice des pauvres » : attention portée au faux, aux doubles et aux métamorphoses pour laisser le récit (ad)venir dans la vie.

Le séminaire est associé à une initiative étudiante : le ciné-club PSL-Filmer le champ social, qui organise des cinés-débats au cinéma Le Champo (75005) le 3e lundi du mois, à 20 h, en présence des cinéastes documentaristes : https://fcs.hypotheses.org/

Mercredi 15 novembre 2017 : « Filmer en immersion avec les jeunes mineures d'une prison de Téhéran », en présence du réalisateur et anthropologue iranien Mehrdad Oskouei

Extraits du film Starless Dreams (Des rêves sans étoiles)  Iran, 2016, 76​'​ de Mehrdad Oskouei,
Le réalisateur pose sa caméra dans un milieu fermé, ​auprès de jeunes filles incarcérées en Iran. Il porte un regard sensible sur ces jeunes femmes à la fois dures et tendres. Elles ont tué, volé, mais ont aussi été abusées, violées. Pour ces victimes d’un système familial et social injuste, ​le film  devient un ​temps pour ​proposer ​une ​forme à leurs vies.
Prix Nanook du Festival Jean Rouch 2016
Prix Amnesty International de la Berlinale 2016

Mercredi 20 décembre 2017 : ​« Expérimenter en prison : le collectif Lieux Fictifs filme aux Baumettes »​, en présence d​es cinéastes ​

  • 9 M2 pour deux​, 2004, 23' ​Iran, 2016, 76​'​, d​e Joseph Césarini et de Jimmy Glasberg, en présence de Joseph Césarini

Ce film est issu d'une expérience cinématographique menée en milieu carcéral. Une cellule décor a été construite à l’intérieur du studio audiovisuel de l’établissement pénitentiaire. Huit détenus ont été dirigés durant neuf mois par deux réalisateurs sur un travail de filmage en plan-séquence et d’interprétation. Ils ont été mis en scène deux par deux dans cette cellule et passent tour à tour de la situation d’interprète, à la situation de filmeur. Le regard est ici inversé : ce sont les détenus qui filment et qui s’expriment sur leur vécu avec une caméra-poing ...

  • Anima, 2016, 88'​ (extraits)​ ​d​e Caroline Caccavale et Joseph Césarini, en présence de Caroline Caccavale

Anima nous raconte comment des personnes détenues et libres - jeunes, adultes et vieux - parlent la fraternité du monde, sa nécessité solidaire et consciente d’un être ensemble, d’un faire ensemble pour réparer le vivant qui nous relie. Anima est le souffle de vie qui renait dans l’altérité, dans l’inconnu qu’est cet autre, étranger et proche. Inventer, imaginer et construire ensemble des sons, des mouvements, des textes et des images pour mettre en partage ce temps commun fait de désirs, de rêves et de réel bousculé. 

Mercredi 17 janvier 2018 : « Filmer la mémoire en forêt camerounaise » ​en présence de la cinéaste ​​Marie Voignier

  • L'Hypothèse du Mokélé-Mbembé​, 2011, 78' (extraits) ​d​e Marie Voignier

Au Sud-Est du Cameroun, un homme arpente la jungle et les berges boueuses des rivières depuis plusieurs années à la recherche d’un animal inconnu de la zoologie : le Mokélé-Mbembé. Les pygmées que l’explorateur rencontre au cours de ses expéditions décrivent cet animal comme une sorte de rhinocéros à queue de crocodile et à tête de serpent. Certains affirment l’avoir déjà rencontré près de la rivière. Animal mythologique ou animal réel ? L’explorateur est depuis longtemps convaincu de l’existence de cette bête. Il nous entraîne dans une quête acharnée pour trouver des traces de l’animal ou des témoignages de son existence dans un univers où le vraisemblable se mêle au légendaire, nous ramenant aux sources de la croyance et de la fiction.

  • Tinselwood, 2017, 82' (extraits)​ d​e Marie Voignier

Aux confins du Sud-Est camerounais, la grande forêt primaire abrite un territoire que les puissances coloniales se sont disputées, exploitant par le travail forcé les ressources prodigieuses de la nature. Une région au cœur de laquelle la population s’organise aujourd’hui autour d’une économie de survie, héritage immédiat de cette histoire dont les paysages constituent aujourd’hui les plus puissants des monuments.

Ce film s'accompagne de l'ouvrage préfacé par l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch La Piste rouge, Colonisation, travail forcé et sorcellerie dans le Sud-Est camerounais qui rassemble les entretiens menés par Marie Voignier auprès des habitants de la région, interrogeant la mémoire de l'exploitation forcée de la main d'oeuvre locale​,​ organisée par les grandes compagnies de l'Etat colonial français.

Ce film est projeté dans sa totalité dans la séance du ciné-club Filmer le champ social du lundi 15 Janvier au Champo à 20 H​.

​​La séance du Ciné-club Filmer le Champ Social du lundi 15 janvier à 20 h au cinéma le Champollion, (75005) accueille le film Tinselwood de Marie Voignier, en sa présence. S'inscrire sur cineclub.fcs@gmail.com pour bénéficier de places à prix réduit (3 euros).

Mercredi 21 février 2018 : « Filmer les vies dans les institutions totales ». La séance accueille les cinéastes Nazim Djemaï​ et Daniel Friedmann

  • A peine ombre, 2012, 87' (extraits) d​e Nazim Djemai

C’est de La Borde qu’il s’agit, clinique fameuse pour son site en pleine campagne, son château côtoyant sur 40 hectares de bois et d’étangs, un jardin potager, une serre, un poulailler. Mais plus célèbre encore pour le choix fait par son fondateur, le docteur Jean Oury, en 1953, d’y remettre radicalement en cause la pratique psychiatrique, les rapports et la hiérarchie de l’accès au savoir entre patients et soignants. Pour décrire ce paysage rare, fait de lieux autant que d’êtres, Nazim Djemaï déroule simplement une suite de portraits, longues séquences en plans fixes, chaque protagoniste décidant de l’endroit, quelquefois insolite (tel ce jeune homme debout près d’une machine qui assourdit ses propos), où il souhaitait s’exprimer. Dans cette succession de discours, du flux de paroles jusqu’au mutisme, de pensionnaires et de membres de l’équipe de soin, la surprise, l’émotion, la gravité, le comique parfois aussi, singularisent autant chacun d’eux «devant les hautes solitude de la maladie » (N. Djemaï) que la distribution des rôles attendue en est perturbée.

  • Vivre chez Rothschild, ​2003, 66' (extraits)​ de Daniel Friedmann

J’ai filmé pendant près de deux ans, juste avant la canicule de l’été 2003, les résidents de la MGR (maison de retraite et de gériatrie) de la Fondation de Rothschild, la plus importante maison de retraite de Paris. Le film capte le vécu des gens, fait revivre la mémoire de leur passé tout en questionnant le présent où tant bien que mal, le sujet se confronte à l’imprévu de la vie en train de se faire et se défaire. Le film s’efforce d’envisager l’avenir ; leur reste-t-il un espace pour de possibles projets, quelque espoir en une frange de futur où s’investir ? Filmer une maison de retraite, ce n’est donc pas forcément lugubre, c’est se mettre à l’affût de la puissance de vie des naufragés du temps pour capter les vibrations de la pulsion de vie encore étincelante dans la lutte éternelle d’Eros avec Thanatos.

Mercredi 21 mars 2018 : « Filmer l’enfermement du dedans ou du dehors, pendant ou après »​. En présence des réalisateurs

  • Les hommes du Labici B de François Chilowicz (2003, 78 mn)

Le réalisateur filme clandestinement la traversée du cargo Labici B qui transporte une cargaison de sucre vers le port de Béjaïa. Ils sont onze membres d'équipage, de 7 nationalités différentes. Ils ne savent pas que leur  voyage sera le dernier. À l'arrivée en Algérie, leur bateau est saisi par les créanciers et l'armateur disparaît plutôt que de payer ses dettes. Oubliés et déchus, bloqués des mois durant dans le cargo, ils sont filmés par le réalisateur qui se fait passer pour marin avec l'accord de l'équipage, et son film nous entraîne dans leur descente aux enfers.

Les participants du séminaire sont priés de visionner avant le séminaire sur You tube la totalité du film Les hommes du Labici B.

  •  La dernière femme du premier train de Daniel Friedmann (2015, mn)

 Hilda est la dernière survivante du premier convoi arrivé à Auschwitz le jour de l'ouverture du camp pour femmes, le 26 mars 1942, avec 1000 jeunes femmes juives de Slovaquie. Elle y reste jusqu'à l'évacuation  du camp par les nazis, en janvier 1945, face à l'avancée de l'Armée rouge.

Hilda est filmée dans un lointain  après coup, à partir de 1997 pendant  plus de 15 ans. Le film tente de saisir la vie de Hilda dans l’enfer du camp  à travers ses paroles de témoin,  ainsi que par ces  médiations que constituent la fictionnalisation de son récit par une pièce de théâtre inspirée de son histoire et montée à Bratislava en 2012 et le recours à quelques unes des photos prises par les SS et retrouvées extraites de L'Album d'Auschwitz (2005).

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Méthodes et techniques des sciences sociales

Intitulés généraux :

Renseignements :

le séminaire est ouvert aux étudiants ainsi qu’à toute personne qui porte intérêt aux pratiques filmiques documentaires contemporaines. Auditeurs libres acceptés.

Direction de travaux d'étudiants :

Monique Peyrière par courriel ou tél. : 06 13 02 52 09. Daniel Friedmann, par courriel ou tél. : 06 80 27 58 35.

Réception :

sur rendez-vous pris par courriel ou tél.

Niveau requis :

master pour les étudiants qui valident les ECTS. Les auditeurs libres sont acceptés quel que soit le niveau.

Validation : les étudiants ont le choix entre :

  • la réalisation d'un film documentaire court (max 12 minutes) sur les thématiques du séminaire, film qui sera projeté lors de la dernière séance du séminaire ;
  • le rendu d'un dossier d'une dizaine de pages portant sur un ou plusiers films projetés dans les séances du seminaire au cours de l'année (mise en ligne possible). Ce dossier sera présenté et discuté lors de la séance de juin ;
  • une analyse comparative à partir d'entretiens de plusieurs cinéastes accueilis par le seminaire, portant sur les thématiques traitées au cours de l'année. Dossier qui sera présenté lors de la séance de juin ;
  • un dossier mélant analyse de films et entretiens avec les cinéastes accueillis par le séminaire, autour des thématiques traitées au cours de l'année. Dossier qui sera présenté lors de la séance de juin.

Site web : https://fcs.hypotheses.org/

Adresse(s) électronique(s) de contact : monique.peyriere(at)ehess.fr, daniel.friedmann(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 15 mars 2018.

Contact : service des enseignements ✉ sg12@ehess.fr ☎ 01 49 54 23 17 ou 01 49 54 23 28
Réalisation : Direction des Systèmes d'Information
[Accès réservé]