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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Anthropologie historique des chrétiens en Islam

  • Bernard Heyberger, directeur d'études de l'EHESS, directeur d'études de l'EPHE ( CéSor )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mercredi de 14 h à 16 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 10 janvier 2018 au 20 juin 2018

”“Les chrétiens du Proche-Orient attirent aujourd'hui plus que jamais l'attention des médias et de l'opinion publique. Mais ils font aussi l'objet de recherches en histoire et en anthropologie abondantes et dynamiques. Ce séminaire accompagne ce renouvellement. Il est devenu, au cours des années, le lieu de rendez-vous et de débat des chercheurs qui travaillent sur le christianisme oriental entre le XVIe et le XXIe siècle. 

Y sont abordés des thématiques comme la place des chrétiens dans les sociétés et les États majoritairement musulmans, mais aussi leur vie religieuse et culturelle spécifique (production écrite, iconographie, etc...) et leur rapport avec la science orientaliste construite en Occident depuis le XVIe siècle.

Programme des séances à télécharger

Mercredi 10 janvier 2018 : Bernard Heyberger, Introduction

Mercredi 17 janvier 2018 : Julien Auber de Lapierre (EPHE), « Le Musée copte du Caire ou la création d'une idéologie architecturale »

Mercredi 24 janvier 2018 : Mustafa Diktas (EHESS), « Saint George (Aya Yorgi) through instagram lens. An in-depth analysis of the posts related to Aya Yorgi on Instagram »

Mercredi 31 janvier 2018 : Nathan Jobert (Paris-I Sorbonne), « La cause des chrétiens d'Orient en France, de 1860 à nos jours »

Mercredi 7 février 2018 : Salim Dermarkar (EHESS), « Une étape de la sécularisation des Arméniens catholiques : la société Hamazkeyats (“La Nation unanime”) (1846-1852) »

Mercredi 14 février 2018 : Kais Ezzerelli (EHESS), « Le dialogue islamo-chrétien au Proche-Orient à travers la correspondance de deux savants orientaux orientalistes : Muhammad Kurd 'Ali et Anastase Marie al-Karmali (1906-1944) »

Mercredi 21 février 2018 : Bernard Heyberger, « Minorités et protection »

Mercredi 28 février 2018 : Bernard Heyberger, « Minorités et protection, suite »

Mercredi 7 mars 2018 : Job Getcha (directeur d'études invité à l'EPHE), « Le traité des sacrements de Job Hamartolos et les éditions des euchologues byzantins »

Mercredi 14 mars 2018 : Stéphane Malsagne (Sciences Po Paris), « Sous l'oeil de la diplomatie française. Le Liban de 1946 à 1990, Geuthner, 2017 »

Mercredi 21 mars 2018 : Febe Armanios (Middlebury College), « Awaiting the Messiah : an early history of Christian television in the Middle East »

Mercredi 28 mars 2018 : Thomas Glesener (Université Aix-Marseille), « Un arabiste policier ? Miguel Casiri et la répression de la mendicité en Espagne au milieu du XVIIIe siècle »

Mercredi 9 mai 2018 : Bernard Heyberger, « Famille et mariage (XVIIe-XIXe siècle) »

Mercredi 16 mai 2018 : Stefan Winter (UQAM, Montréal, professeur invité à l'EHESS), « Les chrétiens des montagnes côtières syriennes à l'époque ottomane : l'exemple de Hisn al-Akrad »

Prenant le village de Hisn al-Akrad (l’ancien Crac des Chevaliers) comme exemple, cette conférence étudiera la situation de populations chrétiennes rurales des montagnes côtières syriennes entre le XVIe et le XIXe siècle. Faisant état de la réorganisation politique et d’un déclin économique suite à la conquête ottomane, nous montrerons que la communauté chrétienne connut néanmoins un certain rebond grâce à l’affermage fiscal et à la décentralisation administrative du XVIIIe siècle.

Mercredi 23 mai 2018 : Pierre Jabbour (Institut catholique, Paris), « Les enjeux historico-théologiques de la réforme liturgique maronite menée sour le patriarche Al-Douaihy (XVIIe siècle) »

Mercredi 30 mai 2018 : Feras Krimsti (Oxford), Titre à préciser

Mercredi 6 juin 2018 : Mathieu Grenet (CUFR Champollion, Albi), « À propos de La fabrique communautaire. Les Grecs à Venise, Livourne et Marseille, 1770-1840, École française de Rome, 2017 »

Mercredi 13 juin 2018 : Annalaura Turiano (IREMAM, Aix-en-Provence), « De la pastorale migratoire à la coopération technique. La mission salésienne en Égypte (1890-1970) »

Mercredi 20 juin 2018 : Bernard Heyberger, « Famille et mariage, suite »

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire annuel (48 h = 2 x 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde méditerranéen

Intitulés généraux :

  • Bernard Heyberger- Anthropologie historique des chrétiens en Islam
  • Renseignements :

    au CéSoR, tél.:  01 53 10 54 30, ou par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    entretiens individuels sur rendez-vous.

    Réception :

    au CéSor, sur rendez-vous.

    Niveau requis :

    évaluation par entretien avec l'enseignant.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : bernard.heyberger(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Une partie du travail de Bernard Heyberger a été consacrée à la préparation à la publication des actes du colloque Minorités en Méditerranée au XIXe siècle. Identités, identifications, circulations, sous forme de volume collectif, sous la direction de Valérie Assan, de Bernard Heyberger et de Jakob Vogel, aux PUR (sous presse).
    Bernard Heyberger est revenu sur la notion de « minorités » et de « protection ». Les frontières ethniques et confessionnelles ne sont aujourd’hui plus considérées comme des limites « naturelles » et infranchissables, mais au contraire comme des lieux où se jouent la compétition, l’émulation, et le mimétisme pour produire et négocier l’identité de chaque groupe par rapport aux autres. La dimension performative de l’identité dans la relation à un autre, lui-même pluriel, est ainsi soulignée. Dans cette approche, les notions de « majorité » et de « minorité » se forment ensemble, en vis-à-vis. C’est pourquoi la question du traitement des minorités, qui est celle du pluralisme, concerne tout le monde, y compris les membres de la « majorité ».
    La notion de « minorité » a émergé dans les relations diplomatiques, puis dans le vocabulaire commun, au début du XXe siècle. Les mêmes critères qui définissent la « nation », définissent aussi ceux qui s’en distinguent, pour les exclure. Et c’est effectivement dans la phase de construction des États-nations que la notion de « minorité » s’est imposée. Il est donc dans une certaine mesure anachronique de mettre le « dhimmî » de la société islamique traditionnelle et le « minoritaire » d’aujourd’hui sur le même plan.
    Dans le gouvernement de type « ancien régime », c’est la diversité des corps qui le constituaient qui faisait la nature même du régime politique. Il n’y avait pas l’idée d’égalité entre ces groupes, ni entre les individus : c’était une hiérarchie de privilèges, de distinctions et de discriminations qui constituait la société. Le pouvoir n’avait pas à être représentatif, et il n’avait pas à émaner d’une majorité. C’était la loyauté de chacune des communautés envers le souverain et la dynastie, la légitimité religieuse de celle-ci, et sa prétention à l’universalité, qui assuraient la cohésion du système. Le pouvoir était relativement lointain, et ne s’occupait effectivement que des principales fonctions régaliennes. Le versement de l’impôt, souvent considéré comme relevant de la responsabilité d’un chef ecclésiastique ou d’un leader tribal, était la principale marque de soumission envers le souverain.
    Les nouvelles formes de gouvernement introduites au XIXe siècle dans les empires coloniaux français, britannique et russe, comme dans l’empire ottoman, allaient expérimenter de nouvelles règles de gestion de ce pluralisme. Avec l’introduction de l’égalité devant la loi, et la suppression des statuts discriminatoires dans l’empire ottoman, se posait la question de l’égalité devant l’impôt et devant le service militaire. Plus tard, dans les États issus de l’empire, allait se rajouter le problème de l’unification du droit civil, en réalité jamais réalisée, ainsi que celui de l’égalité d’accès à un enseignement non confessionnel. C’est sur ces points d’achoppement qu’allait émerger la notion de « minorité ».
    Mais celle-ci était aussi portée par les Puissances intervenant dans les affaires de l’empire ottoman, et apparaît jusqu’à nos jours comme un prétexte d’ingérence. Le traité de Lausanne en particulier, qui a insisté sur cette question, a été perçu comme un outil impérialiste pour brider la souveraineté du nouvel État turc. Dans les décennies précédentes, la « protection » des chrétiens en particulier avait été invoquée à plusieurs reprises, à partir des massacres du Mont Liban et de Damas en 1860. Elle avait alors, du côté français, été présentée comme un héritage historique, remontant au moins à saint Louis, et cette mythologie du XIXe siècle refait surface actuellement dans le discours politique en France. La « protection » s’est souvent exercée à l’égard d’individus au statut ambigu du point de vue de leur rattachement national, ce qui leur permettait de jouer sur plusieurs tableaux, et de se dérober aux obligations civiques de l’impôt ou du service militaire. Autour des consuls français se formait une clientèle, redevable à la France, mais bénéficiant en fait d’affiliations multiples. Ces groupes ont été perçus comme extérieurs ou hostiles aux « majorités » « nationales » à l’ère du nationalisme.
    La présentation de Salim Dermarkar (doctorant, EHESS) sur Une étape de la sécularisation des Arméniens catholiques : la société Hamazkeyat, en montrant les nouvelles formes de sociabilité, les débats autour des réformes constitutionnelles dans l’empire ottoman, et l’émergence d’une conscience nationale arménienne au XIXe siècle, se rattachait à la question des « minorités », celles-ci prenant conscience d’elles-mêmes à travers une éducation différenciée, et une structuration institutionnelle propre.
    L’exposé de Nathan Jobert, doctorant (Université Paris I) sur La cause des chrétiens d’Orient en France, de 1860 à nos jours, plaçant dans une perspective historique les engagements actuels en faveur des chrétiens d’Orient, a apporté un complément à la perspective de la « protection », en analysant notamment le rôle de l’Église catholique dans l’humanitaire, considéré comme « bien du Salut ».

    Publications

    • « La France et la protection des chrétiens maronites. Généalogie d’une représentation », Relations Internationales, 2018, I, 173, p. 12-30.
    • « Transformations religieuses et culturelles à l’époque ottomane XVIe-XIXe siècle », dans Chrétiens d’Orient. 2000 ans d’histoire, sous la dir. de R. Ziadé, catalogue de l’exposition de l’IMA, Paris, Gallimard, 2017, p. 116-125.
    • « Migration of the Middle Eastern Christians and European Protection : a Long History », dans Middle Eastern Christians and Europe. Historical Legacies and Present Challenges, sous la dir. d’A. Schmoller, Vienne, LIT, 2018, p. 23-42.
    • « Églises orientales » (4000 signes) et « Lieux saints » (7000 signes) pour Bibliothèques d’Orient, 2017, http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr.
    • « Prefazione », dans I copti nell’Egitto di Nasser. Tra politica e religione (1952-1970), sous la dir. d’A. Melcangi, Rome, Carocci, 2017, p. 15-20.
    • Entretien : « Les chrétiens sont des acteurs historiques au Proche-Orient », La Vie Hors Série, 2017, p. 6-11.
    • « Les chrétiens d’Orient : une implantation ancienne, un exode définitif ? », Hors-Série Le Monde-La Vie, L’histoire du Proche-Orient, 2018, 3 p.
    • Entretien : « Les minorités chrétiennes d’Orient au cœur des tensions liées à la question nationale », Diplomatie, 93, 2018, p. 58-61.
    • D. Albera, M. Crivello et M. Tozy (dir.), Dictionnaire de la Méditerranée, Arles, Actes Sud, 2016, 1694 p., Cahiers de la Méditerranée, 95, 2017, p. 315-317.
    • S. Goldstein-Sabbah et H. Murre-Van den Berg (eds.), Modernity, Minority and the Public Sphere. Jews and Christians in the Middle East, Leiden/ Boston, Brill, 2016, 285 p., Archives des Sciences Sociales des Religions, 180, 2017, p. 350-352.
    • M.-H. Blanchet et F. Gabriel (dir.), L’union à l’épreuve du formulaire. Professions de foi entre Églises d’Orient et d’Occident (XIIIe-XVIIe siècle), Leuven-Paris-Bristol, Peeters/ Paris, Centre de recherche d’histoire et civilisations de Byzance (Monographies 51), 2016, 422 p., XVIIe siècle, 2018-1, p. 164-168.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 11 mai 2018.

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