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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Historiographies des Lumières

  • Antoine Lilti, directeur d'études de l'EHESS ( CRH-GEHM )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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2e, 4e, et 5e vendredis du mois de 11 h à 13 h (salle AS1_23, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 12 janvier 2018 au 22 juin 2018

Comme les années précédents, le séminaire suivra une double orientation. D’une part, plusieurs séances permettront de revenir sur certains débats majeurs dans l’historiographie récente des Lumières : l’approche « globale » des Lumières, les liens entre Lumières et Révolution, les formes de l’espace public, les mutations de la consommation. D’autre part, nous achèverons l’enquête consacrée à la présence de Tahitiens à Paris et à Londres dans les années 1769-1776. Dans ce cadre, nous nous concentrerons sur les textes consacrés à la « fable de Tahiti » dans le dernier tiers du siècle, de Diderot à Sade. L’objectif sera de comprendre l’articulation entre les régimes de la curiosité propres aux Lumières et l’écriture politique de l’utopie.

Vendredi 25 mai 2018 : William Max Nelson (maître de conférences à l'Université de Toronto, invité à l'EHESS), « Enlightenment Biopolitics »

The existence of biopolitical ideas and plans in the eighteenth century begs the question of how the Enlightenment produced such powerful discourses of social and political inclusion based on ideas of toleration, equality, cosmopolitanism, and natural rights at the same time that it produced powerful and lasting discourses of exclusion based on the perception, and the conceptual creation, of differences of race, sex, and gender. In this seminar, I will argue that these Enlightenment exclusions were inextricably intertwined with Enlightenment inclusions. In a number of cases, in fact, arguments for inclusion were dependant upon the creation of new types of exclusion. This resulted in novel ideas of equality producing new arguments justifying various forms of inequality.

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulés généraux :

  • Antoine Lilti- Histoire et historicité des Lumières
  • Direction de travaux d'étudiants :

    sur présentation d'un projet de recherche.

    Réception :

    sur rendez-vous.

    Niveau requis :

    ouvert à tous les étudiants et chercheurs.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : antoine.lilti(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Le séminaire a porté cette année sur l’héritage des Lumières. L’hypothèse que nous avons développée est que les Lumières ne sont pas définies par une unité doctrinale, qu’elle soit philosophique ou politique, mais plutôt par un ensemble de problèmes, de tensions, de contradictions qui définissent un champ de débats et de controverses. Dès lors, l’héritage des Lumières ne doit pas tant être défendu ou récusé que problématisé dans un va-et-vient entre le passé et le présent. Pour cela, il s’agit de prendre en considération la chaîne des interprétations historiographiques et politiques qui ont fait des « Lumières » un maître-mot des théories de la modernité.
    Dans cette perspective, nous sommes revenus sur le bilan des théories postcoloniales des Lumières, afin d’évaluer la part des critiques de l’universalisme qui peuvent être réutilisées pour défendre un héritage plus complexe, plus ambivalent, et donc plus hospitalier, à partir d’un universalisme latéral et non surplombant. Ce qui nous a conduits aussi à relire certains textes importants du XVIIIe siècle, comme les Remarques sur l’histoire de Voltaire, l’Histoire philosophique des Deux Indes de Raynal, De la littérature de Germaine de Staël, et la Philosophie dans le boudoir de Sade.
    Les deux premiers textes nous ont permis de montrer les ambivalences de l’histoire philosophique. D’un côté, le présentisme eurocentrique et optimiste de Voltaire cède progressivement la place, dans ses textes ultérieurs, à une interrogation inquiète sur les conséquences du commerce colonial et de la mondialisation des échanges. De l’autre, la dénonciation éloquente de la colonisation qui éclate dans les passages rédigés par Diderot de l’Histoire des deux Indes, souvent érigés en emblèmes de l’anticolonialisme des Lumières, voisine avec des passages beaucoup plus favorables à l’œuvre de civilisation par le commerce et aboutit un programme idéalisé de colonisation douce et pacifique.
    Les textes de Germaine de Staël et de Sade nous ont montré comment l’héritage des Lumières se confronte à la Révolution, soit sous l’angle d’une réflexion inquiète sur la poursuite d’un programme d’émancipation par la raison, qui éviterait la violence, soit au contraire par une mise en scène ironique et glaçante des apories du naturalisme intégral auquel peuvent conduire certaines interprétations des Lumières, à travers la nouvelle rhétorique révolutionnaire. Une séance assurée par Catherine Konig-Pralong, professeure invitée à l’École, a permis de montrer la construction de l’Europe comme continent philosophique et rationnel au début du XIXe siècle.
    Dans une seconde partie du séminaire, nous avons aussi poursuivi l’enquête sur les relations entre les Européens et le Pacifique au xviiie siècle. Nous avons en particulier interrogé l’importance des fictions sentimentales et utopiques dans la réception européenne des découvertes géographiques et ethnographiques. Le travail a porté plus précisément sur deux textes : les Lettres tahitiennes de Mme de Montbart, et Aline et Valcour de Sade. Une séance animée par Jean-Luc Chappey et Arnaud Orain a permis de faire le point sur un projet collectif en cours, consacré à l’édition et à la réception du Journal de voyage de La Pérouse, sous la Révolution.
    Enfin, lors des deux dernières séances, David Bell, professeur à Princeton et directeur d’études invité à l’EHESS, a présenté son travail en cours sur le charisme politique au XVIIIe siècle et pendant la Révolution, avec une étude générale sur la figure médiatique du grand homme dans la vie politique et culturelle du XVIIIe siècle, puis une étude de cas sur Napoléon.

    Publications

    • À invenção da celebridade, trad. Raquel Campos, Civilizaçao Brasileira, 2018
    • « Faut-il du talent pour être célèbre ? Les langages de la reconnaissance au XVIIIe siècle », dans Le talent en débat, sous la dir. de P.-M. Menger, Paris, PUF, 2018, p. 101-134.
    • « The Politics of Popularity : Celebrity Culture and the French Revolution », dans Rethinking the Age of Revolutions : France and the Birth of the Modern World, sous la dir. de D. Bell et Y. Mintzker, New York, Oxford University Press, 2018, p. 80-103.
    • « Un composé vénéneux : Taine, l’esprit classique et les origines de la Révolution », dans Les Âges classiques du XIXe siècle, sous la dir. de S. Zékian et D. Antoine-Mahut, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2018, p. 49-71.
    • « 1962 : Habermas et la décadence de la publicité », dans Pour les sciences sociales, 101 livres, sous la dir. de C. Lemieux, Paris, Éditions de l’EHESS, 2017, p. 83-85.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 4 avril 2018.

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